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Editoriaux2019-06-14T08:41:32+02:00

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Editorial Juin 2019

De l’appropriation de la psychiatrie pour traiter la radicalisation

Ce titre rappellera celui d’un livre remarquable de Georges Lantéri-Laura sur « Lecture des perversions. Histoire de leur appropriation médicale » et de celui d’un ses articles sur « L’appropriation psychiatrique des comportements suicidaires ». Cette référence m’est agréable à double titre. D’abord du fait de la pertinence des analyses du Pr Georges Lantéri-Laura ; ensuite, car il me permet de me remémorer la riche année d’internat où j’ai pu profiter de son enseignement dans son service et ensuite de manière continue en lisant et relisant ses nombreuses brillantes contributions, d’un style élégant aussi bien sur le fond que sur la forme que l’on ne retrouve plus dans la littérature psychiatrique contemporaine, plutôt aseptisée.
Si ce titre s’inspire dans sa forme des travaux de Georges Lantéri-Laura, il s’en démarque en partie. Dans les cas de perversions sexuelles et de conduites suicidaires, il s’agissait de l’OPA « amicale » de la médecine sur des champs cliniques ; en ce qui concerne la radicalisation, et plus spécifiquement la radicalisation islamique, il s’agit d’une OPA hostile des pouvoirs publics sur la psychiatrie.
Que ce soit dans les déclarations des responsables politiques de l’exécutif, dans les plans de prévention de la radicalisation, dans les textes règlementaires publiés, comme le décret « Hopsyweb », les mesures en cours de préparation par les ministères de l’Intérieur ou de la Santé, ou les tentatives de recrutement des présidents des commissions médicales d’établissement comme agents de renseignements pour les préfectures, la psychiatrie se trouverait particulièrement concernée au moins par le « traitement » de la radicalisation, au pire comme étant considérée comme un vivier de personnes radicalisées et potentiellement terroristes.
La FFP dans un travail de recherche engagé et non terminé sur le sujet, mais publié en état sur notre site, montre son engagement intellectuel et solidaire d’une préoccupation collective sur un sujet difficile et interrogeant le « vivre ensemble ». Faire valoir une lecture psychologique de l’engagement radicalisé est un art délicat, car peu compréhensible pour les profanes. Différencier maladies mentales, vulnérabilités psychologiques et engagement radical dans des causes et savoir communiquer sur ces dimensions « techniques » où s’exprime la complexité du psychisme humain n’est pas aisé. Expliquer ensuite ce qui relève ou non d’un soin est encore plus difficile.
Outre le travail de recherche, la FFP s’est engagée aussi en soutenant par une intervention volontaire la contestation du décret Hopsyweb auprès du Conseil d’État par le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux, un des six syndicats membres de la FFP, refusant ainsi la stigmatisation des personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatrie pouvant apparaître comme ayant un lien possible avec la radicalisation religieuse, voire le terrorisme.
La FFP espère que les pouvoirs publics entendront que la complexité d’un tel sujet exige des regards et des lectures pluridisciplinaires et exclut toute proposition simpliste qui sera de toute façon vouée à l’échec.
Je ne peux résister au plaisir de finir cet éditorial comme je l’ai commencé en citant Georges Lantéri-Laura et en mettant entre parenthèses les mots relatifs à la radicalisation que l’on peut substituer à ceux sur le suicide, sans je l’espère dénaturer l’esprit de son écrit. Notons d’ailleurs que ses considérations sur le suicide restent à mon sens très actuelles tout en pouvant surprendre dans un contexte ou l’appropriation psychiatrique des comportements suicidaires est acquise au risque d’éluder les problématiques sociétales ou intimes des personnes mettant en jeu leur vie.
Aussi mutatis mutandis : « La psychiatrie garde sa valeur pour traiter des suicides (de la radicalisation) en rapport avec des maladies mentales, mais elle deviendrait idéologie dérisoire à prétendre y ramener tous les suicides (radicalisés). (…) C’est pourquoi à partir d’une connaissance critique des conditions de production de quelque chose comme une prévention du suicide (de la radicalisation), le recours systématique à la psychiatrie fait problème : réduire le suicide (la radicalisation) à la psychiatrie ne constitue pas un acte de connaissance, mais l’une des justifications théoriques de la couverture de ces responsabilités de l’institution ; imposer l’examen psychiatrique à tous les suicidants (radicalisés) risque de procéder d’un motif identique, et aussi de faire obstacle à une résolution hors de la psychiatrie de ce qui conduisait à la tentative de suicide (la radicalisation) – dernier aspect qui concerne davantage le sujet que l’institution ».

Dr Michel DAVID
Président de la FFP-CNPP

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Editorial 20 avril 2019

La Fédération Française de Psychiatrie souhaite que la nomination du Professeur Franck Bellivier en tant que délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie contribue aux actions de soutien et de développement de la psychiatrie que madame la ministre de la Santé et des Solidarités veut promouvoir.

La psychiatrie, dans toutes ses composantes, publique et privée, et dans tous ses champs d’activité – prévention, soins, recherche, etc. – connaît de grandes difficultés et des insuffisances tout en étant victime de son succès. En effet, les demandes de soins ne cessent d’augmenter induisant l’encombrement souvent dénoncé des consultations. Les moyens n’ont pas suivi pour y répondre décemment. Cette adresse importante faite à la psychiatrie est étonnante à plus d’un titre. Quel sens peut-on donner aux souffrances psychiques qui conduisent à s’orienter vers la psychiatrie, souvent en lien avec un contexte social tendu ? Doit-on aussi considérer que l’image de la psychiatrie et de la santé mentale commence à s’extraire des représentations sociales négatives et stigmatisantes habituelles ?

Et pourtant, ce ne sont pas les médias, voire certains responsables politiques, qui contribuent à véhiculer une image positive de la psychiatrie. Ce recours croissant fait à la psychiatrie indiquerait que la population pose un regard plus lucide sur les prestations de la psychiatrie que ne l’est celui des pouvoirs publics ou des médias.

Il s’agit d’un triomphe paradoxal de la psychiatrie. Alors qu’elles sont négligées, la psychiatrie et la santé mentale cherchent en permanence une adaptation à la demande. Mais les efforts d’organisation, plutôt d’incessantes réorganisations, d’innovation trouvent leurs limites, comme le montrent les différents mouvements sociaux qui agitent sévèrement le secteur psychiatrique.

La FFP pourra évoquer son inquiétude auprès du Délégué ministériel qu’elle remercie pour son invitation. Mais elle exprimera aussi sa confiance dans les capacités de la profession à contribuer à l’amélioration de la discipline, et de toutes celles qui y sont associées, en poursuivant les travaux déjà engagés par le Comité de pilotage de la psychiatrie sur qui le Délégué ministériel pourra s’appuyer pour en soutenir et en développer l’action.

Dr Michel DAVID

Président de la FFP-CNPP

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Editorial 5 janvier 2019

Ce début d’année 2019 est pour la FFP-CNPP l’entame d’une communication
adaptée à nos nouveaux modes de vie et de travail. Notre nouveau site
internet souhaite en être l’illustration.
Nous espérons qu’il répondra aux attentes de tous et sera le canal d’une
communication efficace et conviviale.

Dr Jean- Jacques Bonamour
Le Président
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