2020

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Editorial Juin 2020

Acte 2 : De la distanciation sociale et des gestes-barrières

En peu de temps, des mots ou des expressions nouvelles sont entrés dans notre vocabulaire : coronavirus évidemment, Covid-19 (qui sera peut-être une vedette pour mots de passe), masques, FFP2, tests PCR et horresco referens « distanciation sociale », et « gestes (ou mesures) barrières ».

L’adjectif « sociale » accolé à distanciation a été progressivement perçu comme n’étant pas particulièrement heureux et est souvent remplacé par (distanciation) « physique ». Il n’empêche que le mal est en quelque sorte fait. En très peu de temps sont apparus la mise à distance d’autrui, la peur de l’autre, les gestes « barrières », les masques rapidement récupérés comme objet tendance, voire de luxe font déjà l’objet d’un commerce lucratif, en espérant qu’il ne sera que de courte durée, sans compter que l’on peut craindre le lynchage de ceux qui n’en porteront pas (même sur une plage ou dans une forêt déserte). On peut s’attendre, après généralisation des tests, de voir fleurir les passeports d’immunité qui permettraient l’accès à différentes situations. La prise de température s’inscrit déjà comme une mesure de tri, d’exclusion comme si elle était pathognomonique du Covid-19. L’un d’entre nous à la FFP, le professeur Michel Botbol, la qualifie très justement et opportunément de mesure douanière, permettant ou non l’accès à tel ou tel lieu. Autant de données personnelles et médicales qu’entreprises, commerces, moyens de transport (avion) imposeront sans logique scientifique et sans le consentement des personnes. Il est vrai que la question du consentement, bien que très médiatisée, notamment dans la vie sexuelle, devient purement formelle. Nous sommes tous habitués à donner notre consentement sur internet, puisque la RGPD l’exige formellement, mais que nous le donnons sans en lire les conséquences, d’autant plus que le consentement peut se décliner sous de si nombreuses modalités que nous ne nous épuisons plus à les lire (cf. avis n° 130 du Comité Consultatif National d’Éthique/CCNE).

La distanciation sociale dans les soins psychiatriques a été aussi très présente. Pas de permissions et pas de visites pour les patients hospitalisés, créant un éloignement douloureux de leur famille. Les solutions de remplacement, télé et visio consultations plus ou moins utilisées ont pu suppléer et éviter une rupture totale de communication, mais on voit bien qu’à l’heure du déconfinement, les patients (comme de nombreux soignants) ont eu leur surdose de ces techniques et demandent un retour à un échange relationnel humain présentiel. Il est probable que dans l’avenir, pour des raisons pas toujours avouables, les soignants soient incités à poursuivre ces modes de consultation.

Est-ce si rétrograde de considérer que le soin psychiatrique commence par une rencontre présentielle ? Il faut malheureusement préciser maintenant « présentiel » ou « distantiel » quand on parle d’une rencontre. Voici encore de nouvelles expressions pour évoquer la situation où deux personnes se parlent, et que l’une va utiliser cette rencontre pour créer une ambiance relationnelle rassurante tout en menant son évaluation diagnostique dans la perspective de proposer un traitement (au sens large) et que l’autre va jauger la confiance qu’il peut accorder à son soignant et le niveau de confidences qu’il pourra lui faire ?

L’angoisse du déconfinement

Le déconfinement pourra être un moment anxieux pour certaines personnes.

Personnellement, il l’est quand j’imagine voir des milliers de visages masqués, cachant sourire, tristesse ou colère, enfin toute manifestation de nos émotions si humaines. C’est très différent d’Anonymous, qui certes cache le visage, avec un masque identique, mais exprime un désaccord, alors que dans le cas présent, il s’agit d’un « consentement » collectif à une contrainte de l’État pour le bien présumé de tous. Question politique essentielle qui fait que certains se demandent si nous ne risquons pas de nous diriger vers une dictature sanitaire, puisque devant l’urgence sanitaire, la réponse sécuritaire n’est jamais loin.

Professionnellement, le déconfinement sera probablement complexe. Des demandes imprévisibles, peut-être nouvelles et inédites, s’ajouteront aux anciennes, que ce soit en psychiatrie de l’adulte ou de l’enfant, ne serait-ce qu’avec les complexités et les impossibilités du retour sur le chemin de l’école avec une forme d’enfermement étrange, dans un référentiel encerclant, comme la FFP l’a fait remarquer
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La chronique chaotique des masques apporte chaque jour son lot de nouveautés depuis le début de l’épidémie. Les « alternatifs » pourront être assortis à l’habillement, dont on peut se demander comment on pourra les supporter sous la chaleur estivale et comment chacun, en fonction de ses moyens, les utilisera et les lavera. Et les modestes masques chirurgicaux usagers, sorte de préservatifs faciaux à usage (normalement) unique, commenceraient à joncher les rues, tristes déchets, pourtant tellement recherchés un temps, mais négligemment jetés dans l’espace public, interrogeant sur le sens à donner à ces comportements aussi peu civiques.

Les débats sur les dépistages vont nous mobiliser pendant des mois. Ne voit-on pas poindre la tentation de les utiliser comme contrôle de la population, avec des projets de passeports sanitaires, avatar du livret ouvrier généralisé par Napoléon 1er afin de contrôler les horaires et les déplacements des ouvriers ? Et au début du XIXe siècle, les autorités ne disposaient pas de notre arsenal numérique contemporain qui permet également le « contact-tracing » pour identifier les contacts proches d’un cas confirmé de coronavirus.

Quelle place la psychiatrie doit-elle avoir dans la pandémie ? Mes propos critiques sur les gestes-barrières et la distanciation sociale ne doivent pas être compris comme un rejet généralisé de ces mesures, mais comme une interrogation sur leurs usages et généralisations inadaptés et sur les conséquences individuelles et collectives que ces mesures impliquent dans nos interrelations humaines à venir. La psychiatrie est en quelque sorte bigénique : elle a un gène thérapeutique et un gène sécuritaire. À tour de rôle, selon les époques, les lieux, les personnes, l’un ou l’autre est dominant ou récessif. Il ne faudrait pas que les angoisses actuelles lui fassent prendre un tournant sécuritaire très dominant, étouffant le récessif gène thérapeutique. Ce sont ces tendances sécuritaires qui peuvent créer des réticences à des reprises de visites ou de permissions ou de mettre des conditions draconiennes pour les admissions.

Il convient de trouver le juste équilibre médical entre bénéfices et risques. Le déséquilibre dans un établissement est le symptôme des dysfonctionnements institutionnels d’un hôpital. La crise actuelle pourra activer ou révéler ces problématiques de gouvernance hospitalière dont l’aggravation a été considérable depuis la loi HPST qui a affaibli la place des médecins à l’hôpital.

Tout cela devrait changer, nous promet-on. « Paroles, paroles, rien que des mots », disait une chanson des années 70…

Tragédie contemporaine

Je confie mon pessimisme en évoquant un certain doute sur les belles paroles parfois prononcées sur le monde nouveau à venir. Une forme de tragique en action et en plusieurs actes. L’acte 1 serait la période de l’incubation avant la déclaration de l’épidémie en Chine. Une incubation pas vraiment silencieuse si on fait référence aux agitations du monde de la santé : que ce soient les manifestations en psychiatrie, dont les grèves de la faim, ou la grève des urgences, symptômes graves du malaise du monde de la santé et si un dépistage avait été possible, aucun faux-négatif n’aurait été constaté. L’acte 2, la période de préconfinement. L’épidémie apparait alors lointaine, puis se rapproche lentement et enfin enfle, grandit à vue d’œil comme la calomnie du Barbier de Séville. L’acte 3, c’est le confinement, sorte de couvre-feu incontournable puisque nous serions en guerre, dramatisation politique, permettant de déclarer un état d’urgence, alors qu’il s’agit plus d’une catastrophe écologique qu’une guerre entre humains. Il n’y aura d’ailleurs ni déclaration de guerre, ni armistice ou signature d’un traité de paix. Mais pour un personnage politique, une guerre permet une forme de maîtrise sur un destin (fatum), lui donne l’impression d’avoir la main sur les affaires de la πόλις, l’autorise à designer quels seront les héros de la pièce à se voir décerner des médailles, tandis que le chœur, sous sa version populaire, applaudit tous les soirs et que le chœur sous sa version médiatique anime le déroulement tragique, commente les grands thèmes (nombre de morts, de nouveaux malades hospitalisés ou admis en réanimation, guéris), les attise, comme les rivalités de métropoles analogiquement comparées à celles de grands clubs de football, et suscite l’angoisse en pointant les incertitudes et contradictions scientifiques sur les traitements, les tests, les pronostics, etc. Et cela marche. Le clivage de la population autour des traitements, du soutien ou non de tel ou tel scientifique reproduisent la passion de supporters pour leur équipe sportive préférée, permettant comme mécanisme de défense de lutter contre l’angoisse de mort.

L’angoisse, moteur important de la tragédie vision kierkegaardienne, permet une réflexion sur des évolutions contemporaines de la psychiatrie. La réhabilitation psychosociale (RPS) est à la mode. L’État, aux tendances lyssenkistes pour imposer une science officielle, semble préférer dans les programmes de RPC, les outils de remédiation cognitive portant sur les « cognitions froides » (langage, mémoire, raisonnement, attention, perception, etc.), au détriment des « cognitions chaudes » (affects, émotions, pulsions ou instinct) trop polluées par des références possibles à l’inconscient, voire, quelle horreur, à la psychanalyse. Et pourtant, la pandémie devrait nous inciter à admettre comment cognitions froides et chaudes sont intriquées, sous la forme de la pulsion épistémophilique qui nous pousse à apprendre, à étudier, à nous interroger à la fois avec la rigueur du raisonnement tout en tenant compte de nos motivations inconscientes. Au lieu d’opposer les hypothèses et de se battre autour, la situation pandémique actuelle, la question médicale inhérente à la maladie, les décisions politiques et sociales mises en place, les répercussions complexes, parfois douloureuses (chômage, faillites, deuils, etc.), mais parfois innovantes (la créativité a été notable ces dernières semaines) sont tout autant de sujets intellectuellement passionnants qui méritent une approche attentive.

Les tragédies parlent des valeurs auxquelles une société, voire l’humanité peuvent être attachées. Les questions éthiques, voire déontologiques les traversent. Les semaines passées ont mis à l’épreuve bien des principes. Confidentialité, secret médical, paraissent des valeurs de plus en plus ringardes, individualistes, égoïstes, confrontées à l’intérêt collectif et à la promotion de la technicité (les applications pour smartphone fleurissent). La prudence et la prise en compte des propos tenus par les médecins relatifs aux traitements en application des articles 13 et 14 du code de déontologie médicale et R.4127-13 et 14 du code de la santé publique ont été balayés face à un présumé devoir d’alerte pour promouvoir un traitement non encore validé, semant le doute, la confusion et même une forme de violence parmi la population. Les rituels dus aux personnes décédées et un dernier salut par leurs proches ont été empêchés. Conflit entre les ordres de l’État et les valeurs de l’intime familial. Légitimité contre légalité ? Une thématique bien tragique. La liberté d’aller et venir, la confusion isolement/confinement évoquées dans l’acte 1 de l’éditorial du mois de mai sont aussi des thématiques éthiques incontournables, mais la réflexion éthique s’est avérée souvent sidérée dans les hôpitaux par la quotidienneté ou les conflits institutionnels évoqués plus haut et dont la presse s’est fait l’écho. Liberté d’aller et venir interrogée pour tout le monde, plus particulièrement en psychiatrie, mais aussi en prison qui nécessiterait à elle seule un développement, comme si plus les contextes se spécifiaient plus les problèmes éthiques se s’amplifiaient, comme pour les EPHAD également.

Les actes 2 et 3 de notre tragédie en action et partagée ont démontré toute l’importance du passionnel, des émotions, des peurs, de l’angoisse, rendant la démarche rationnelle inaudible, d’autant plus que certaines décisions politiques, censées reposées sur une démarche pertinente, ne le semblaient pas vraiment. Il faudra tenir compte de l’importance tenue par les « cognitions chaudes » dans les actes 2 et 3, et qu’elles continueront à tenir dans l’acte 4 du déconfinement. Si on les oublie dans l’acte 5 qui devrait sinon conclure, au moins ponctuer la tragédie, il y a tout lieu de penser que le monde d’après sera comme celui du monde d’avant, sauf à penser que l’espoir qu’il n’en soit pas ainsi ne peut être que le produit d’une pensée bien naïve…

À moins d’envisager que « Dans la tragédie antique, le héros subit sa destinée fatale, alors que dans le théâtre moderne, tout repose sur ses propres actions » (George Steiner, Les Antigones, folio essais, p.61), et en considérant que le héros (ordinaire) c’est nous tous et pas seulement ceux désignés par certains. La question de notre destinée (fatale) dépendra de nos actions collectives, pour la FFP de ses composantes syndicales et de ses sociétés savantes, ou comme l’exprime le manifeste des soignants adressé au président de la République et qui propose pour « Le jour d’après » 12 grandes mesures.

Dr Michel DAVID
Psychiatre/pédopsychiatre des Hôpitaux
Président de la FFP

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Editorial Mai 2020

De la 19e Province au Covid-19

Mais quel rapport entre la 19e Province et le Covid-19, si ce n’est le chiffre 19 ? Avant de faire le lien, rappelons que la « 19e Province » est rentrée dans nos vies lors de la guerre du Golfe. Pour Saddam Hussein, le Koweït était la 19e Province d’Irak dont le pays avait été spolié des années auparavant par les Anglais, car elle avait d’importantes réserves pétrolières. Au moment des faits, pas un Français qui ne connaissait tout de la 19e Province alors qu’en même temps, il aurait été bien incapable de donner les dates de début et de fin des cinq Républiques françaises (hormis évidemment, la date de fin de la 5e).

Ainsi en est-il du lien entre 19e Province et le Covid-19. Tout le monde a son avis sur l’épidémie, sa contagiosité, sa gravité, sur les différents masques, leurs différences, leurs qualités respectives, sur les trafics supposés dont ils auraient été l’objet, sur l’incompétence de l’État quant à leur gestion et ne parlons pas des traitements et des disputes à leur égard qui ne relèveraient que de l’opposition ridicule entre les vendus à l’establishment contre le chercheur libre, lanceur d’alerte, sans se soucier de la rigueur habituelle et des contraintes de la recherche médicale, mais tout en se retournant dès que possible contre ceux qui auraient autorisé un traitement s’il avait eu des conséquences graves.

Vérité, mensonges, trahison, incompétence, obscurantisme, manque d’audace pour les nouveaux traitements, mépris pour la rigueur de la démarche scientifique et de la validation des études, autant de thèmes colonisant notre quotidien depuis le début de l’épidémie, mais aussi biopouvoir envahissant qui aurait ravi Michel Foucault, et qui est un vrai sujet « politique » vraiment intéressant. Qui doit détenir un pouvoir de décision : le conseil scientifique Covid-19 ou l’exécutif ?

Et étrangement, alors que la liberté d’aller et venir est entravée pour tous, ce principe constitutionnel restreint au profit d’un autre, la protection de la santé, aurait dû inspirer les professionnels de la psychiatrie et leurs usagers pour alimenter les réflexions collectives et interroger les pratiques psychiatriques. Tel n’a pas été vraiment le cas, ou tout du moins, espérons-le, uniquement car nous sommes tous pris dans le feu de l’action. Comme pour beaucoup de faits inhérents à cette situation exceptionnelle, les commentaires et analyses viendront certainement après-coup. Pourtant, les confusions entre confinement et isolement sont très présentes en ce moment en psychiatrie. Quelles mesures préventives faut-il prendre lors de l’hospitalisation d’un patient ? Faut-il créer un sas, faut-il un temps d’observation (de durée variable selon les hôpitaux) laissant le patient confiné (enfermé ?) en l’absence de signes cliniques évocateurs de Covid, sans oublier que toute fièvre, toux ou rhinite seraient devenues des signes pathognomoniques de Covid, excluant toute autre pathologie virale ou bactérienne. La psychiatrie a connu dans son passé la psychose unique (Enheitspsychose des Allemands au 19e siècle) et notre époque découvrirait-elle la virose unique ? Il faut bien reconnaitre que les autorités sanitaires n’ont guère aidé ou conseillé la psychiatrie hospitalière sur ce point, comme pour les unités Covid. Il en sera probablement de même pour le déconfinement. Il faut heureusement admettre que malgré les hésitations, les doutes et les méconnaissances collectives, la psychiatrie a su s’organiser rapidement en s’appuyant sur ses dispositifs de soin habituels pourtant en souffrance depuis des décennies.

Ces réorganisations ont-elles été suffisantes ? L’avenir le dira, mais dès maintenant, on peut considérer que les moyens de téléphonie ou de téléconsultations ont été certes nécessaires, mais adaptés uniquement à l’urgence et certainement pas suffisants. Si la distanciation physique ne semble contestée par personne, la distanciation sociale n’est guère compatible avec la vie humaine qui nécessite présence et proximité sociale et tout particulièrement dans les soins psychiatriques. Les patients expriment de plus en plus le besoin de reprendre les activités thérapeutiques, et le manque permet de constater à quel point les activités de groupe sont importantes pour les patients qui ressentent le besoin de se retrouver entre eux et de retrouver leurs soignants. Parmi ceux qui ne l’éprouvent pas, certains risquent de se replier, de s’isoler et de voir leurs pathologies s’aggraver. La période de déconfinement est pour l’instant redoutée, d’autant plus que les mesures de précaution risquent encore de ralentir la reprise de l’offre de soins pendant un temps indéterminé.

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Donc, tout le monde a un avis sur tout. Il en est ainsi du monde du jour d’après qui permettrait de corriger les erreurs passées et la construction d’un Nouveau Monde lumineux. Le 11 mai, comme grand jour révolutionnaire grâce au Covid, nouvel allié des luttes sociales, qui donne naissance à une Internationale de la fraternité mondiale face à un ennemi universel et insidieux.

Il faudrait être bien naïf pour croire que les vieux démons seraient terrassés par le Covid, d’autant plus que les adeptes de la pensée complotiste croient qu’il aurait été créé par de perfides ennemis, étrangers le plus souvent, mais aussi parfois par des ennemis de l’intérieur (un prestigieux Institut français), pour d’obscurs intérêts. Sans avoir la prétention de savoir quel sera le monde post-pandémique, tout en se doutant que les dotations budgétaires insuffisantes du monde d’avant ne risquent pas d’enfler après les dépenses occasionnées par l’épidémie, il est déjà possible de constater des indices même discrets de permanence du vieux monde.

Ainsi au début de l’épidémie, le Conseil d’État a définitivement et opportunément validé Hopsyweb qui permet d’établir des correspondances entre les personnes hospitalisées sans consentement en psychiatrie avec le fichier de signalement pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT) sans entrainer de réactions dans les médias, mobilisés par l’épidémie. La FFP, qui s’était associée aux organisations professionnelles ayant juridiquement contesté les décrets, ne baisse pas les bras et participe à un projet de livre pluridisciplinaire sur les questions sociétales que pose ce fichier. Comme les posent d’ailleurs tous les fichiers, car on constate qu’avec le Covid, le traçage est d’actualité, interpellant les limites du secret médical, mais au risque d’être plébiscité et accepté par une large partie de la population au nom de la santé publique, comme le décrit précisément et de manière inquiétante un article du Monde diplomatique de ce joli mois de mai : « Urgence sanitaire, réponse sécuritaire ».

Autre sujet, moins spécifique, mais symptomatique des impératifs financiers, le ministère de la Santé a annoncé la suspension des travaux sur le financement de la psychiatrie, pourtant engagés depuis des mois, entrainant une réaction immédiate de seize organisations professionnelles à laquelle la FFP s’est associée.

La gouvernance hospitalière a aussi été mise à mal pendant la crise, oubliant qu’il était plus qu’utile dans les situations difficiles de mener une concertation nécessaire plutôt que de décider dans des comités ultra restreints et même pour des décisions importantes pouvant conduire à des restructurations avec fermeture de lits. Dans des zones géographiques où la psychiatrie est particulièrement en difficulté, il est difficilement compréhensible de voir des directions d’hôpitaux attaquer le statut des praticiens hospitaliers, comme en Guadeloupe qui semble vouloir se saborder.

On le voit, la tâche va être ardue dans les mois et années à venir, d’autant plus que rien ne garantit contre la survenue d’autres catastrophes imprévisibles. Comment les fractures sociétales, pourtant très présentes, mais trop souvent occultées, vont-elles pouvoir être réduites après que nos sociétés auront été fragilisées ?

La Fédération Française de Psychiatrie ne manquera pas tout au long de ses actions, contributions, comme sa recommandation sur le déconfinement, et de ses éditoriaux ouverts à toutes ses composantes, sociétés savantes et syndicats, d’en rendre compte avec toute la diversité qu’elles représentent.

Dr Michel DAVID
Psychiatre/pédopsychiatre des Hôpitaux
Président de la FFP

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Editorial Avril 2020

PSYCHIATRIE OUBLIÉE ?

Quand l’Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire rédigeait l’éditorial du mois précédent, bien que quelques signes annonciateurs obscurcissaient déjà le paysage sanitaire, elle ne se doutait pas que les 27e Journées des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire qui devaient se tenir à Cherbourg du 6 au 8 avril allaient être annulées du fait d’une pandémie qui serait alors à son apogée. Toutefois, au temps de la mise en ligne de l’éditorial, l’annulation devenait de plus en plus probable. C’est donc fait. L’intitulé de ces journées : « Psychiatrie enfermée, Psychiatrie obligée, Psychiatrie oubliée, mais Psychiatrie libérée ? » comportait une allusion à une « Psychiatrie oubliée ». Telle a été bien la situation au début de cette pandémie. Il a fallu attendre l’intervention quotidienne du professeur Salomon, directeur général de la santé, jeudi 2 avril pour que la « filière santé mentale » soit enfin citée.

Entre temps, les professionnels de la psychiatrie ont accueilli avec une certaine irritation les consignes et recommandations relatives au Covid-19 pour les services de psychiatrie du 22 mars ou celle de la HAS pour la prise en charge des patients souffrant de pathologies psychiatriques en situation de confinement à leur domicile du 1er avril, ayant largement anticipé les recommandations officielles, faisant ainsi la démonstration d’une organisation territoriale et clinique éprouvée et capable d’adaptation rapide, bien que le dispositif soit régulièrement  largement décrié et sans nuances.

Ce n’est pas, et cela vaut aussi pour les organisations MCO, qu’une adaptation à l’urgence est faisable qu’il faut oublier les situations préalables de dénonciation des difficultés du service public de santé. Après la pandémie, et sans que l’on puisse avoir une idée précise de sa fin à l’heure de l’écriture de ces lignes début avril, sera-t-on capable d’une discussion raisonnée sur les besoins en santé sans retomber dans les arguties du monde d’avant. On peut craindre que non. Déjà, commence-t-on à entendre que si sur ces trois premières semaines de confinement, la psychiatrie a réussi à s’organiser, en mettant du personnel en réserves, pour faire face éventuellement aux arrêts de travail pour maladie, peut-être n’a-t-elle pas autant besoin de personnels et que du fait d’une diminution transitoire des hospitalisations pourra-t-on continuer à diminuer ses lits, d’autant plus que si pour l’instant les patients semblent peu demandeurs, ne serait-ce pas qu’ils peuvent être autonomes (emporwerment généralisé) ? L’exemple de la polémique autour de la suppression des 174 lits et des 598 postes au CHRU de Nancy annoncée en pleine épidémie n’est pas non plus pour rassurer.

Pour l’instant, ai-je écrit, car demain et après-demain, la situation peut évaluer rapidement. La première semaine de confinement a été relativement calme. Sidération collective. La deuxième voit poindre un frémissement anxieux de la part des patients. Les enfants s’agitent à domicile et supportent mal le confinement. L’addictologie observe des alcoolisations importantes à domicile et arrivant aux urgences. Les difficultés en approvisionnement de toxiques font craindre des sevrages aigus (notamment en prison) et les suivis téléphoniques en psychiatrie adulte constatent une tension croissante. La troisième semaine confirme nettement cette tendance et que les ponts téléphoniques ne suffiront pas dans toutes les circonstances.

Parallèlement les services de psychiatrie, avant d’y avoir été incités par leur ARS préférée, commencent à imaginer des unités Covid+. À noter d’ailleurs à propos su Covid+ que dans notre quotidien surgissent brutalement ces mots nouveaux qui deviennent une obsession envahissante journalière (FFP2), ainsi que des expressions originales : gestes ou mesures barrières, distanciation sociale… Il s’ensuit des initiatives impulsives pour fabriquer des masques de manière artisanale sans souci initial de leur réelle qualité protectrice. Pour les unités Covid+, comme pour la « gestion » des masques et de l’angoisse des équipes, chacun se débrouille comme il peut : unités spécifiques ou non, avec des secteurs de confinement (on ne parle plus d’isolement), avec ou sans consentement, temps d’observation variable, sans directives nationales précises qui seraient pourtant bien utiles, etc.

La « folie » de la situation peut parfois prendre des tours comiques, comme lorsque les juges des libertés et de la détention suppriment les audiences du 12e jour pour les soins sans consentement et demandent aux psychiatres de faire des (faux) certificats médicaux en attestant une contre-indication psychiatrique à la comparution à une audience qui n’existe plus par le fait des magistrats. Le CGLPL a justement dénoncé cette situation : « Les médecins ne doivent pas conforter les pratiques des juges en faisant des certificats de contre-indication à la présentation de patients devant le juge alors que l’état clinique le permet ». Étrangeté de ces situations d’urgence où l’on demande une démarche illégale aux psychiatres alors qu’en d’autres temps (« normaux »), ils sont repris sur des détails de procédure. Il faudra aussi tenir compte de ces exceptions par la suite. Pourra-t-on imaginer (mais sans grande illusion) que le contrôle juridique soit absolument maintenu quand une personne est privée de sa liberté d’aller et venir pour la protection de sa santé, mais en simplifiant les procédures ?

Selon les lieux, des difficultés spécifiques peuvent survenir. Par exemple, le milieu pénitentiaire avec un décalage de traitement entre les personnels soignants et pénitentiaires. Ceux-là pouvaient être dotés de masques et ceux-ci non, pouvant réactiver des conflits entre les deux catégories de personnels. On a vu aussi des velléités administratives de forcer des hospitalisations en SDRE en SMPR pour éviter des hospitalisations dans les hôpitaux psychiatriques, ce qui est illégal. Pour ces deux situations, une intervention auprès du Délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie a pu dénouer positivement les situations. 

Pour poursuivre sur la rubrique juridique, on ne peut passer sous silence, bien que celui domine malheureusement à cause du coronavirus, que le judicieux Conseil d’État a rejeté tous les recours contre le décret Hopsyweb, validant ainsi un lien indéniable entre les patients hospitalisés sans leur consentement et la radicalisation. Il est notable de constater que le Conseil d’État valide en ce moment de nombreuses décisions remarquables de l’exécutif : la prolongation de la détention provisoire sans juge (le Monde) ou rejette  les référés des associations qui demandaient la réquisition des moyens de production de médicaments et matériel (Le Monde). Il est vrai que le Conseil d’État est une institution qui trouve ses origines dans l’Ancien régime et qui est présidé par un vice-président qui ne peut occuper un poste de président laissé vacant en mémoire de son occupation antérieure par le chef d’État ou une autorité politique. La lutte contre Hopsyweb, juridiquement épuisée, doit maintenant se tenir sur le registre intellectuel, culturel, citoyen, politique etc. en mobilisant toutes les personnes concernées : professionnels comme usagers.

Et puisqu’il s’agit de « lutte », il me faut évoquer une crainte. Le chef de l’État a dit que nous étions en guerre, il l’a martelé. Attendons-nous à l’effort de reconstruction d’après-guerre. Le gouvernement ne manquera pas de dire que l’effort de guerre a été très coûteux. Même avant la guerre, les finances manquaient pour le système de santé, comment pourrait-il en être autrement après toutes les dépenses que la guerre aura occasionnées. Le choix de ce terme n’est pas neutre ; de nombreux commentateurs l’ont critiqué et c’est une façon insidieuse de préparer les esprits. En fait, il aurait été plus opportun de parler de lutte. Monsieur le Président de la République, savez-vous que dans les hôpitaux il existe des comités de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN), sous-commission de la commission médicale d’établissement ? Souvent peu actifs dans les hôpitaux psychiatriques, les CLIN trouvent toute leur place dans la crise actuelle. Lutter contre un virus ou un agent infectieux est le quotidien des soignants et même quand votre guerre sera terminée, la lutte contre eux, incessante, continuera, mais exigera les moyens nécessaires aux actions de prévention et de soins, et pas uniquement pour les infections.

Enfin, on constate partout en psychiatrie, qu’elle soit hospitalière, libérale ou intervenant dans le secteur médico-social ou social, que les soignants sont attentifs aux évolutions cliniques qu’ils constatent pendant cette épidémie et notamment depuis le confinement. Ces observations et ces adaptations cliniques, voire thérapeutiques, outre l’aspect d’aide à dépasser les angoisses du moment, vont apporter une mine d’informations. Elles vont faire évoluer des pratiques et être la source d’innovations, comme l’a montré la Société de l’Information psychiatrique (SIP) et sa bande dessinée pour les enfants qui a connu un large succès « Pas le coronavirus ». Il faudra faire le tri dans ces constats et par exemple ne pas promouvoir à l’excès certaines innovations technologiques, notamment excluant les contacts humains, promouvant une distanciation sociale définitive, ou organisant le tracking des populations et poursuivant l’effondrement de l’intimité et la poursuite de la disparition de la confidentialité des soins.

Si la psychiatrie est souvent oubliée des Pouvoirs publics, il faut compter sur elle pour se faire rappeler à l’esprit des décideurs. La Fédération Française de Psychiatrie contribuera avec de nombreux autres acteurs à cette réflexion collective, que ce soit dans des organisations en cours comme le Comité de pilotage de la psychiatrie ou dans la production scientifique des sociétés savantes qui la composent et de sa participation au conseil national professionnel de psychiatrie (CNPP).

Dr Michel DAVID

Psychiatre/pédopsychiatre des Hôpitaux

Président de la FFP

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Editorial Mars 2020

ASPMP pour la FFP

L’Association des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire est la dernière association ayant adhéré, en 2019, à la FFP. Les professionnels de la psychiatrie exerçant en prison considèrent que la psychiatrie en milieu pénitentiaire n’est pas une psychiatrie à part, mais est une psychiatrie à part entière. Il paraissait ainsi évident à l’ASPMP de rejoindre la FFP et l’éditorial de ce mois vient à point pour annoncer les 27e Journées des Secteurs de Psychiatrie en Milieu Pénitentiaire qui vont se tenir en avril à Cherbourg avec comme objectif d’insister sur l’unité de la discipline psychiatrie et l’importance d’intégrer les personnes détenues, et plus largement placées sous main de justice dans un parcours unitaire, bien que rencontrant des voies multiples. Et quoi de plus explicite que le titre de ces journées pour explorer l’ensemble de la psychiatrie : « Psychiatrie enfermée, Psychiatrie obligée, Psychiatrie oubliée, mais Psychiatrie libérée ? » (https://fedepsychiatrie.fr/manifestation/27e-journee-des-secteurs-de-psychiatrie-au-milieu-penitentiaire/)

Dr Michel DAVID

Psychiatre/pédopsychiatre des Hôpitaux

Président de la FFP

L’Association des Secteurs de Psychiatrie en milieu pénitentiaire (ASPMP) est créée en 1986, année de la création règlementaire du secteur de psychiatrie en milieu pénitentiaire.

Elle a pour but d’aider au développement de la psychiatrie en milieu pénitentiaire tant dans son fonctionnement institutionnel que dans la recherche théorique et pratique, ainsi que par le biais de l’enseignement et de la formation, de faire bénéficier toutes les personnes intéressées des expériences acquises. Elle est un lieu d’expression des professionnels exerçant une activité de soin auprès des personnes sous-main de justice. Elle les représente auprès des instances administratives et professionnelles.

La prison, quant à elle, concentre les inégalités, la maladie, la précarité et la pauvreté. Le nombre de personnes souffrant de troubles mentaux et en situation de handicap psychique ne cesse d’augmenter depuis la fin des années 90. C’est à cette époque que le législateur sous l’impulsion des recommandations européennes proposant « d’assurer à la population incarcérée une qualité et une continuité des soins équivalant à celles offertes à l’ensemble de la population » décide de transférer la prise en charge médicale des personnes détenues au ministère de la Santé et leur protection sociale à la caisse d’assurance maladie (loi du 18 janvier 1994).

La psychiatrie en milieu pénitentiaire contribue au respect des droits fondamentaux des individus et porte un enjeu de démocratie sanitaire.

Elle n’est pas un moyen d’adapter une personne à la condition carcérale et d’ainsi participer à un système qui cautionnerait l’incarcération de sujets souffrant de troubles psychiatriques.

Elle doit se réfléchir en perspective avec le système de soin général auquel elle appartient.

La prise en charge psychiatrique des personnes détenues s’est longtemps déclinée en 2 niveaux de soin :

  • – Un premier niveau de soin ambulatoire dans les unités sanitaires ou dans les Services Médico Psychologiques Régionaux (SMPR) où des équipes pluridisciplinaires des secteurs de psychiatrie interviennent.
  • – Un deuxième niveau de soin dans les « hôpitaux de jour » des SMPR sous la forme de soins renforcés en journée.

La Circulaire interministérielle DGOS/R4/PMJ2 n2011-105 du 18 mars 2011 relative à l’ouverture et au fonctionnement des Unités Hospitalières Spécialement Aménagées (UHSA) complète l’offre de soins psychiatriques en milieu pénitentiaire par un troisième niveau de soin permettant l’hospitalisation en soins libres et en soins sous contrainte des patients incarcérés. Le secteur de psychiatrie générale continue par ailleurs à accueillir des patients en soins psychiatriques sous contrainte (SDRE « D398 »).

Actuellement, l’équilibre du soin psychiatrique en prison tend à se déplacer vers l’intra hospitalier, avec des enjeux particuliers liés à l’inter-régionalité des UHSA.

Cet écart au processus de soins du milieu libre doit nous interroger et L’ASPMP soutient une mise au travail de l’ensemble du parcours de soin psychiatrique du sujet incarcéré qui sur le plan national a pris la forme :

  • – D’une mission d’évaluation par l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) et l’Inspection générale de la justice (IGJ) sollicitée par la DGOS sur la première tranche des UHSA et l’implantation de la seconde fin 2018 et dont le rapport vient d’être tout juste rendu public (http://www.igas.gouv.fr/spip.php?article775) fin février après une longue attente et des demandes réitérées de l’ASPMP d’en prendre connaissance ;
  • – Plus récemment un état des lieux autour de l’évaluation des missions régionales des SMPR et des fonctionnements des hôpitaux de jour proposé par le Comité de pilotage de la psychiatrie avec une journée de travail réunissant les différents SMPR le 13 mars au ministère de la Santé.

Il s’agit de pouvoir appréhender les parcours de soins possibles des patients et l’articulation entre les différents niveaux de soins ; de réduire les inégalités des possibilités de soins psychiatriques entre les hommes et les femmes ; de mettre l’accent et d’innover sur le thème de la continuité des soins à la sortie de prison.

Difficile alors de faire l’impasse sur la complexité et la nécessité de permettre, quel que soient les dispositifs de soins proposés, que ceux-ci permettent aux personnes de se mouvoir d’un lieu à l’autre. Les modalités de soin doivent être faites de va-et-vient, de dedans et de dehors, d’intériorité et d’extériorité.

Luttons contre l’air du temps qui se veut pragmatique, obnubilé par la logique de l’utile et qui à l’instar de l’avis du Contrôleur général des lieux de privation de liberté proposerait plutôt des hôpitaux — prison pour régler la question. Et hop !

Le mouvement c’est la vie et l’immobilité la mort.  Continuons à œuvrer collectivement (soignants/soignés) pour que le soin en milieu pénitentiaire puisse continuer à soutenir des perspectives de liberté et de vie.

Pour continuer à penser l’exercice du soin psychique de façon dynamique, dans le contexte de l’enfermement carcéral, les 27e journées des secteurs de psychiatrie en milieu pénitentiaire qui se dérouleront à Cherbourg du lundi 6 avril au mercredi 8 avril 2020 auront pour thème : Psychiatrie enfermée, Psychiatrie obligée, mais Psychiatrie libérée ?

Le travail de ces journées devrait permettre de remplacer le point d’interrogation par un point d’exclamation et toutes les informations sur ces journées se trouvent sur le site de la FFP : https://fedepsychiatrie.fr/manifestation/27e-journee-des-secteurs-de-psychiatrie-au-milieu-penitentiaire/ ou sur le site support de la manifestation : www.fbs50.fr.

Dr Marc FEDELE

Dr Pascale GIRAVALLI

Vice-présidents de l’ASPMP

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Editorial Février 2020

API pour la FFP

L’A.P.I., Association des psychiatres de secteur infanto-juvénile a été créé en 1984 d’une volonté de regrouper des praticiens partageant les mêmes pratiques et désirant mettre en commun leurs expériences.

La pertinence de « l’outil secteur » est aujourd’hui interrogée.

Si l’outil secteur est critiqué pour le caractère trop généraliste de l’accueil qui lui est supposé, on oublie que le socle qu’il constitue est une base tout à fait pertinente au déploiement de soins gradués et pluridisciplinaires, plus ou moins spécialisés en fonction des pathologies.

Le plus fâcheux serait de penser et de diffuser que l’organisation de la psychiatrie, aboutissement de la sectorisation, est un échec sur le simple constat qu’elle ne remplit pas actuellement ses missions. Proposer de changer radicalement d’organisation alors même que les manques de moyens ont été clairement identifiés serait aussi une erreur. Que les contours géographiques des secteurs puissent varier, s’adapter à l’évolution et aux besoins de la population, sans effet de déstructuration massive du maillage existant, est le propre d’une organisation vivante. La remise à plat du mode de financement de la pédopsychiatrie doit pouvoir être envisagée à une double condition : que celle-ci s’accompagne d’un effort budgétaire significatif et que la prise en compte de la complexité clinique soit au cœur des réflexions. Un système de « guichets » par filière, niant cette complexité et la nécessité d’un accueil généraliste, est à proscrire totalement.

Le « secteur » est avant tout une façon de penser le soin psychiatrique en termes d’accessibilité, de proximité et de continuité au service des enfants, de leurs parents et des lieux où ils sont accueillis, sur un territoire donné et en fonction des caractéristiques sociales de ce territoire. Il s’inscrit dans un maillage et une coordination avec des partenaires (PMI, éducation nationale, ASE…), les autres structures de soins du territoire (CMPP, CAMPS, SESSAD, IME…) et les associations de parents. 

Le développement des neurosciences participe indéniablement au progrès médical, mais doit pouvoir être intégré à la complexité de l’être humain, comme le démontrent les recherches en épigénétique confirmant l’importance de l’environnement. L’hyperspécialisation actuelle de notre discipline et l’organisation en filières de soin nous semblent difficilement conciliables avec la prise en compte de l’enfant dans sa globalité, les aléas de son développement et les particularités de son histoire familiale.

L’histoire du secteur doit être rappelée (circulaires de 1960, 1972 et 1974). Elle a permis la mise en place d’équipements institutionnels matériels et humains, une dynamique de réseau, un savoir-faire et une culture qui se sont progressivement enrichis d’apports théoriques différents. La créativité à l’œuvre dans les secteurs et tout le champ de la pédopsychiatrie doit continuer à tempérer la tendance à l’uniformisation, sous-tendue davantage par des questions comptables que par le progrès médical. 

À l’image de la médecine générale préservant l’unité somatique des patients qui bénéficient de soins de plus en plus spécialisés, le secteur psychiatrique est le garant d’un accueil généraliste des patients et de l’orientation, si nécessaire, vers des soins coordonnés de plus en plus spécialisés.

Christophe LIBERT, Président de l’API

Claire PUYBARET-BATAILLE, Secrétaire Générale

Sylvie BARRETEAU, Chargée de communication

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Editorial Janvier 2020

Dr Michel DAVID

Pédopsychiatre/psychiatre des Hôpitaux

Président de la FFP-CNPP

Que faire de 2020 ?

À moins de vivre reclus dans une laure, discrète par définition, laïque ou non, le tumulte du monde n’aura échappé à personne et notamment l’agitation qui secoue profondément notre pays. Et le trouble est d’autant plus grand qu’il concerne les formes a priori de notre sensibilité : l’espace et le temps.

L’espace ou nous nous mouvons, où nous exerçons notre droit constitutionnel de liberté d’aller et venir, si interpellé dans l’exercice des soins sans consentement en psychiatrie, a été, quand il semble se restreindre, une des sources du mouvement des gilets jaunes avec les taxes sur le pétrole, rendant plus couteux des déplacements indispensables. Il a été restreint aussi quand la réforme du statut de la SNCF a conduit aux grèves dans les transports ferroviaires en 2018, puis fin 2019. Il est aussi conseillé de restreindre notre périmètre de déplacement en renonçant aux voyages aériens. Toutefois, le parcours de cet espace à défaut d’être limité doit se faire plus lentement ; par exemple, pour un voyage transatlantique, préférer le voilier à l’avion.

Et voilà le temps interpellé tout en étant lié à l’espace. Il est vrai que les formes a priori de la sensibilité kantienne deviennent inséparables avec le concept de l’espace-temps des théories de la relativité, restreinte d’abord puis générale. L’autre trouble dû au temps est évidemment celui de la question de la retraite qui interpelle directement notre existence, son déroulement de la naissance à la mort, avec parfois un espoir d’immortalité. Ainsi de se voir appliquer une clause du grand-père, soit la faculté de bénéficier d’un « présent passé ». Il est dommage que personne n’ait demandé une clause de l’arrière-petit-fils qui consisterait pour les futures lointaines générations de pouvoir encore bénéficier de la clause du grand-père, repoussant aux calendes grecques des mesures obscures tout en se perdant dans les cycles de la vie et conjurant nos existentielles angoisses de mort.

Ces cycles de la vie interrogent avec acuité le monde la psychiatrie qui connait de multiples crises et tout particulièrement la pédopsychiatrie, ou psychiatrie infanto-juvénile ou encore psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, mais aussi du bébé. L’unité de l’Homme telle que la posait une des énigmes de la Sphinx à Œdipe (la créature qui marche sur quatre pieds le matin, sur deux le midi et sur trois au coucher du soleil) s’estompe. La psychiatrie est une discipline, au même titre que la médecine et la chirurgie, et non une spécialité. Toutefois, comme la médecine et la chirurgie, elle se décline en des spécificités d’exercice qui sont autant de spécialisations et demandant en partie une technicité propre, tout en partageant des principes généraux avec l’ensemble de la discipline. La pédopsychiatrie souffre de conflits complexes, est soumise à des réglementations internationales, au manque de moyens financiers, voire à l’impéritie politique. Ne se sentant pas soutenue, elle hésite à s’autonomiser de la psychiatrie dite des adultes. Nous savons tous pourtant que la division dessert plus qu’elle ne sert. 

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Aussi 2020 sera une année où nous devons travailler au renforcement de notre discipline, trop souvent dénigrée, sans que l’on en soit trop étonné. La psychiatrie n’est pas spontanément « sexy ». La maladie mentale fait peur et les représentations sociales à son sujet ne sont guère positives, et tout particulièrement telles qu’elles sont transmises par les médias et différentes autorités politiques ou de contrôle. Ce « psychiatrie bashing » est en contradiction avec une autre réalité, beaucoup plus positive, mais nécessairement discrète, et qui lui est paradoxalement et en partie injustement reprochée. En effet, la psychiatrie est plutôt plébiscitée par les usagers comme le montre l’augmentation des files actives des soins ambulatoires qui représentent près de 80 % des soins de la psychiatrie, sans que la psychiatrie ait attendu les injonctions politiques à prendre le plus rapidement possible ce fameux virage ambulatoire. Conséquence : pas de limitation de vitesse pour le prendre, mais parfois des embouteillages quand trop de monde sur la route. Et encore faudrait-il quantifier ces embouteillages. Il est souvent reproché à la psychiatrie des délais excessifs pour obtenir une consultation, et pourtant ils sont bien souvent, et notamment en ruralité, beaucoup plus courts que ceux obtenus auprès des médecins généralistes (et encore faut-il qu’ils acceptent de voir de nouveaux patients, étant eux aussi débordés) ou pire auprès des autres spécialistes somaticiens. Il faut espérer que la mission IGAS actuellement en cours sur les CMP pourra préciser ces données, bien que les résultats des missions IGAS se fassent parfois bien attendre comme ceux sur les unités d’hospitalisation spécialement aménagées pour les personnes détenues (UHSA), pourtant connues des ministères de la Santé et de la Justice depuis novembre 2018, mais non rendus publiques. 

En 2020 de nombreux travaux attendent la psychiatrie. Quelle sera l’impulsion donnée par le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie ? Quelle sera la nouvelle dynamique de la saison 2 du Comité de pilotage de la psychiatrie ? Qu’attendre des travaux sur le financement et les autorisations d’activité dont les conclusions et surtout les applications ou non-applications pourront avoir une influence considérable sur l’avenir de la psychiatrie, pour les usagers comme pour les professionnels. D’autant plus que des réformes des financements peuvent avoir des conséquences considérables comme celle de la TAA en 2009 à l’occasion de la redoutable loi HPST qui a totalement déstructuré les hôpitaux et notamment la place des médecins en aliénant leur indépendance, devenant liée dans l’exercice de responsabilité des services au bon vouloir des directeurs d’hôpitaux. Et la psychiatrie, qui ne s’est pas éloignée de la médecine contrairement à ce qui est parfois avancé (alors que l’on peut se poser la question si ce n’est pas plutôt la médecine qui n’aurait pas tendance à s’écarter de la psychiatrie), partage la crise des urgences et du système hospitalier en général. Comment ne pas s’émouvoir de l’intérim qui risque de ne plus être un dernier recours ? Contrairement à l’isolement et la contention qui le sont, les directions des hôpitaux sont obligées d’y recourir de plus en plus souvent. De nombreux psychiatres sont tentés de quitter l’hôpital pour une pratique libérale, amplifiant le phénomène de pénurie psychiatrique hospitalière, notamment dans les zones rurales. Ne faudrait-il pas une recommandation HAS sur l’intérim médical pour « normer » ce dernier recours ?… Il serait plaisant de voir les pouvoirs publics soumis aux contraintes qu’ils s’imposent aux professionnels de santé en déniant sans vergogne leur détresse.

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En 2020, la FFP doit réformer ses statuts pour deux raisons.

 La première est consécutive au décret du 9 janvier 2019 (https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2019/1/9/SSAH1808219D/jo/texte) qui a créé les Conseils nationaux professionnels des professions de santé. La FFP qui assurait cette fonction (FFP-CNPP) s’en trouve dégagée directement, laissant au CNPP la lourde tâche de gérer la redoutable question de l’usine à gaz que représente le développement professionnel continu (DPC) et d’avoir la main sur d’autres points listés dans le décret cité, mais la FFP reste néanmoins concernée par ces différents sujets puisqu’elle est une composante du CNPP.

La deuxième est de donner, pour les raisons exposées plus haut, plus de place lisible à la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

Cette réforme de statuts est l’occasion de poursuivre la dynamique fédérale au service de la psychiatrie et de la santé mentale en bénéficiant de la richesse de ses 35 associations scientifiques et de ses 6 syndicats. L’éditorial mensuel confié depuis 2019 à tour de rôle aux membres de la FFP, et que vous pouvez retrouver sur notre site (https://fedepsychiatrie.fr/editoriaux/) contribue à cette dynamique, ainsi qu’en leur permettant de rendre lisibles leurs actions.

En 2020, la FFP va poursuivre ses travaux engagés et notamment la réponse aux nombreuses sollicitations de la HAS, la participation aux groupes de travail du ministère de la santé, sa réflexion sur la radicalisation, le travail collaboratif du comité permanent autisme et troubles du neurodéveloppement, l’organisation des 18e Journées de pédopsychiatrie du 16 au 18 mars 2020 sur le thème de la « Pédopsychiatrie intégrative » et des 3e Journées de psychiatrie adulte du 13 au 14 octobre consacrées au « Consentement » (https://fedepsychiatrie.fr/manifestation/18emes-journees-de-pedopsychiatrie-de-la-ffp/), la réponse aux demandes d’auditions des autorités de contrôle ou des parlementaires, le soutien des partenaires de la FFP et leurs manifestations (https://fedepsychiatrie.fr/manifestations/categorie/manifestations-des-partenaires/), la représentation de la psychiatrie française dans les instances européenne (EPA) ou mondiale (WPA), etc. Comme vous pouvez le constater, de nombreux renseignements se trouvent sur notre site rénové en 2019 et dont, il faut le reconnaître, nous sommes assez fiers !

Le travail qui nous attend pour 2020 est considérable. Je ne peux que nous souhaiter de fructueuses réalisations collectives pour nous puissions être satisfaits de ce que nous aurons fait de l’année 2020.

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2019

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Editorial Décembre 2019

Robert M. PALEM, président de l’Association pour la Fondation Henri EY (APFHEY) est le rédacteur du dernier éditorial 2019. L’ensemble des éditoriaux forme un récit cohérent. On y voit poindre l’inquiétude d’un éclatement, voire d’une disparition de la psychiatrie, mais plus des organisations que du métier, car comme le dit l’éditorialiste de cette fin d’année, être psychiatre, c’est rechercher l’unité.

Les chantiers sont nombreux devant nous. Et surtout pour défendre la mission thérapeutique de la psychiatrie, souvent mise à mal par les dérives sécuritaires qui pointent ici ou là dans une société pusillanime, comme l’illustre l’opposition de la profession au fichier Hospyweb. Qu’en aurait dit Henri EY, lui qui au congrès mondial de psychiatrie à Mexico en 1971 avait fait adopter la célèbre motion suivante toujours autant actuelle :

“L’Association mondiale de psychiatrie dénonce la malfaisance des campagnes de contestations antipsychiatriques d’inspiration politico-idéologique qui font jouer à la psychiatrie un rôle qui n’est pas le sien, celui d’être un instrument de la répression sociale. 

L’Association mondiale de psychiatrie, en affirmant que la psychiatrie est et ne peut être qu’une des principales branches de la médecine appliquée à la prophylaxie et au traitement des “maladies” mentales, recommande expressément à toutes les Sociétés qui la composent d’attirer l’attention de chacun de ses membres, celle de l’opinion publique et celle du Gouvernement de leur pays, sur le caractère essentiellement médical et l’usage exclusivement thérapeutique de l’action et des institutions psychiatriques. 

L’Association mondiale de psychiatrie condamne toute exploitation politique qui aurait été ou pourrait être faite des concepts, méthodes et institutions propres à l’exercice de la psychiatrie au service des seuls malades mentaux”.

Décembre étant propice aux cadeaux, je vous propose une idée pour vos proches : le livre récent de Robert M. PALEM : “Henri Ey. Médecin psychiatre et philosophe” aux Éditions Trabucaire, www.trabucaire.com. Les sous-titres des chapitres condensent tout ce que les psychiatres devraient être : Ey, le mobilisateur, l’iconoclaste, l’architecte, le médecin, le fédérateur, l’unificateur, le civilisateur, le libérateur, le philosophe, l’historien et donc le psychiatre du XXIe siècle…. Effectivement plein de chantiers et un cap : la recherche de l’unité à laquelle la FFP contribue activement.

Dr Michel DAVID

Pédopsychiatre/psychiatre

Président de la FFP

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“Psychiatres de toujours” ?

Dr Robert M. PALEM, Président de l’APFHEY

Qu’en est-il, dans ce monde chaotique, du “devenir humain” (pour parler comme G. Agamben) du psychiatre et de son patient ?

Un métier protéiforme, comme il l’a toujours été, dans ses apparences (profession, phénoménologie), toujours tenté ou poussé à reproduire les vieux clivages mortifères (Public/Privé, CHU/Secteur, Clinique/Neurosciences…) mais fidèle à un fonds commun, revendiqué à défaut d’être inébranlable : l’Éthique. Soit le ferment du vivre ensemble et de la vocation psychiatrique : comprendre la souffrance mentale, l’angoisse, la psychose pour soulager ou guérir ceux qui les portent ou en sont frappés. “Nous sommes faits pour connaître, reconnaître et guérir les psychoses” tonnait Henri Ey en 1972.

Et Ey encore : Être psychiatre, c’est rechercher l’unité sous la diversité des phénomènes de la pathologie mentale. “Faire de la psychiatrie, c’est se placer à ce point de vue”. 

Le regard porté sur le patient par les soignants a évolué lentement pour passer de l’objet de soins au sujet de droit, nous dit la HAS. Plus facile à dire qu’à faire ! Mais on n’est pas pour autant en droit de désespérer des progrès de la Médecine et du Droit. 

Sujet de droit, le psychotique l’est depuis le début (il l’a toujours été) nous disait J. CHAZAUD en 1997, critiquant le “Sujet de la folie” de G. Swain (1977). “À l’intérieur de la perte du sens, mais en considération pour ainsi dire de sa personnalité morale, Pinel a fait du malade mental non pas le sujet de sa folie, mais en même temps qu’un sujet d’observation, un sujet de droit”. 

Henri Ey n’est plus, mais il y a toujours des psychotiques (ils seraient même plus nombreux dans les rues, sous les ponts et dans les prisons que dans les Hôpitaux Psychiatriques), mais aussi, et aux mêmes endroits : des exilés, des migrants et des apatrides, des SDF (les “Exclus de J. MAISONDIEU), des mutilés psychiques et des nouveaux venus bien étranges et difficiles à classer : les “fous de Dieu”. Injure aux malades mentaux comme aux “croyants”, proteste notre collègue Claire Jacquelin. 

Mais qui peut donc croire encore à la “fin de l’histoire”, ni même à celle de la psychiatrie, avec tous ces chantiers ouverts devant nous ? 

Et Henri Ey, après le purgatoire habituel, quittant le statut de psychiatre d’hier pour celui de “psychiatre de toujours” comme l’avait bien pressenti et qualifié A. Tatossian en 1990, ne disait-il pas (en 1972) que “L’art du médecin se confond avec son éthique”. Encore faut-il en avoir une. 

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Editorial Novembre 2019

Pascal Boissel, président de l’Union Syndicale de la psychiatrie (https://www.uspsy.fr/), signe l’éditorial de novembre. Il réagit au rapport Wonner et exprime une profonde inquiétude sur l’avenir de la psychiatrie. Son message fait écho à celui de Daniel Marcelli pour la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du mois dernier.

Dans ces temps complexes et incertains où le doute instille tensions et malaises dans bien des domaines de notre société, où la psychiatrie peut être vilipendée tout en sachant la trouver « en dernier recours » et davantage pour des actions sécuritaires plus que thérapeutiques, tout en la sollicitant abondamment pour donner des avis comme le fait la Haute Autorité de santé, il est important de ne pas nous disperser et de faire entendre sa présence auprès des 2.2 millions de personnes qui s’adressent à elle.

Dr Michel DAVID

Psychiatre-pédopsychiatre
Président de la FFP

Martine Wonner, rapporteure LREM de la Mission parlementaire sur la psychiatrie a rendu sa copie le 18 septembre. Si elle a convoqué Lucien Bonnafé et le mouvement du « Printemps de la psychiatrie », elle a placé en même temps dans son discours le service public de santé sur le même plan que l’hospitalisation privée, en une concurrence malsaine et faussée. Le « grand virage » de l’ambulatoire qu’elle annonça ne saurait se faire selon elle qu’à effectifs constants ; soit une austérité de fer maintenue. Et rien ne fut dit sur ces alternatives à l’hospitalisation qui ont existé puis ont dépéri faute de personnels. Dans son discours, la discipline psychiatrique se ventile en une myriade d’« expertises » forcément spécialisées au détriment de toute conception globale et sociale du soin psychiatrique. Bref, au-delà d’une communication subtile, elle nous a semblé finalement dans la ligne de cette secrétaire d’État au handicap qui osa affirmer cette année sa volonté « de ne plus placer les enfants autistes devant un psychiatre ».

Selon nous, c’est une disparition possible de notre discipline qui se profile.

Or, ces derniers mois, face à la maltraitance institutionnelle et au management destructeur, des mouvements dans les services psychiatriques se sont succédé. Les soignants en lutte de l’hôpital du Rouvray firent même une grève de la faim en juin 2018 ; ce qu’ils ont obtenu alors de leur direction et de l’ARS fut renié par ces tutelles ; un an plus tard, la grève a repris. Osons dire en commentaire que pouvoir avoir confiance en la parole de son interlocuteur nous paraît une nécessité, surtout dans notre champ… C’est en lien avec ces équipes en lutte que l’USP a participé à l’appel « Printemps de la psychiatrie » qui a été lancé il y a quelques mois pour associer soignants, patients et familles, et les populations à l’élaboration commune d’un renouveau des soins psychiques, lequel est vraiment urgent.

Pascal Boissel, président de l’USP

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Editorial octobre 2019

Dr Michel DAVID

Pédopsychiatre/psychiatre des Hôpitaux

Président de la FFP-CNPP

L’éditorial de ce mois écrit par le Professeur Daniel Marcelli, Président de la Société Française de l’Enfant, de l’Adolescent et des Disciplines Associées (SFPEADA), survient dans un temps où la psychiatrie est certes dans une situation critique, mais aussi présentée à charge comme en perdition comme l’a exposé le rapport Fiat, Hammouche, Wonner. Pourtant en lisant attentivement ce dernier, il ne peut manquer d’apparaître au lecteur averti que les difficultés de la psychiatrie sont avant tout à attribuer à un manque de pilotage politico-administratif depuis des décennies.

Si toute la psychiatrie est en difficulté, la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent l’est encore plus. L’insuffisance numérique des universitaires pédopsychiatres et sa conséquence conduisent les internes à ne pas s’orienter vers la pédopsychiatrie par manque d’encadrement. Pour optimiser la formation des futurs pédopsychiatres, des mécanismes de répartition et de modulation du nombre d’internes entre les régions en fonction des demandes sont à trouver ainsi que l’instauration de règles d’alternance entre psychiatrie générale et psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, pour les commissions de coordinations locales et régionales des internes. 

Enfin, au sein du Comité de pilotage de la psychiatrie, relancé début septembre, il est nécessaire que la représentativité de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent soit assurée à partir des organisations professionnelles et savantes reconnues.

Avant de se lancer dans de grands projets d’amélioration de la psychiatrie, il conviendrait de s’atteler déjà à ces indispensables mesures pratiques et urgentes pour rassurer la profession et préparer un meilleur service rendu à la population.

Éditorial pour la FFP

Le nouveau président de la FFP demande au président de la SFPEADA de rédiger un éditorial destiné à son site internet afin que soit défendue, soutenue et encouragée la psychiatrie du bébé, de l’enfant et de l’adolescent dans un temps difficile où ne cessent de croitre les sollicitations les plus diverses en même temps que se poursuivent les mouvements de disqualifications les plus outranciers dont le dernier en date concerne les propos tenus par un représentant de l’actuel gouvernement (Mme S. Cluzel, secrétaire d’État aux personnes handicapées : on trouvera une réponse à ces propos sur le site de la SFPEADA) ! Président de cette société savante, je suis tenu à ce titre à une réserve certaine, mais j’avoue une lassitude : celle de devoir inlassablement répéter les mêmes propos ! Le lecteur désireux d’approfondir sa réflexion pourra utilement se rendre sur notre site et consulter les diverses rubriques qui lui donneront un aperçu assez significatif des problèmes et des enjeux actuels. J’irai à l’essentiel :

  • – Une démographie en grand danger avec une diminution gravissime du nombre de pédopsychiatres ayant accompli le cursus de formation (donc un nombre de plus en plus grand de postes vacants ou de professionnels exerçant cette discipline SANS le diplôme adéquat).
  • – Une formation des internes qui a encore été restreinte et un nombre de postes ciblés pédopsychiatrie en diminution (en contradiction absolue avec les propos de la ministre de la Santé).
  • – Dans les équipes de soin des moyens humains de plus en plus parcimonieux avec la quasi-disparition de certaines professions pourtant indispensables à une bonne prise en charge (les orthophonistes travaillant en public ou en associatif par exemple).
  • – Des restructurations permanentes et une charge administrative kafkaïenne (rien d’original à la pédopsychiatrie, mais fardeau supplémentaire).
  • – En exercice privé une absence de reconnaissance des particularités de notre discipline et de la longueur des consultations (absence de CS pédopsychiatrique) si bien que cet exercice privé est des plus aléatoires relevant de l’abnégation… 

Sur ce fond organisationnel déliquescent, notre discipline est prise en cisaille entre d’un côté des modèles théoriques se tournant vers une rhétorique neuro-développementale (c’est l’expression à la mode) où le cérébral prend allègrement le pas sur le développemental (l’essence de notre discipline) et de l’autre des demandes de plus en plus nombreuses et insistantes de familles où la qualité de l’écoute est une valeur non négociable. 

Aujourd’hui, malgré le soutien irremplaçable des familles de patients, le sentiment partagé par l’ensemble des professionnels travaillant dans le champ de la pédopsychiatrie est de souffrir d’un manque profond si ce n’est total de reconnaissance de notre travail et de notre discipline, y compris par la « psychiatrie générale » (non pas par nos collègues qui, individuellement, sont souvent compréhensifs — quoique parfois un peu condescendants — mais au plan institutionnel). Certainement avons-nous une part de responsabilité dans cette méconnaissance, mais aujourd’hui court dans nos discussions et dans nos cœurs un désir de plus en plus térébrant, celui de se séparer nettement de la psychiatrie dite adulte… En tant que président de la SFPEADA je me dois de faire l’écho de ce mouvement que je sens monter inéluctablement… 

Daniel Marcelli

Président de la SFPEADA

Juillet 2019

Numéro 6 | cliquer pour télécharger
Numéro 5 | cliquer pour télécharger

Editorial septembre 2019

Après l’éditorial de l’AFFEP cet été, celui de la rentrée est confié à Claude GERNEZ, président élu de la FFP pour la période 2021-2023.
Je profite de l’occasion pour remercier les auteurs des éditoriaux qui m’ont été envoyés et qui seront placés mensuellement sur le site en fonction de leur ordre d’arrivée.
Bonne rentrée à tous en espérant que quelques sourires pourront chasser les nombreux soupirs d’automne.
Dr. Michel David, Président de la FFP-CNPP

Soupirs d’Automne

Les mouvements de revendications des professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale semblaient un peu écoutés ce printemps, bien relayés par les différents médias, et étayés par les associations de patients. Ces campagnes d’informations montraient l’urgence d’une situation reconnue par tous comme insupportable. La désignation du délégué ministériel allait aussi dans le sens d’un mouvement en faveur d’une reconnaissance d’un état de fait déplorable et portait l’idée d’une évolution positive de nos conditions de pratique, enfin !
Les difficultés des urgences hospitalières, bien aussi dramatiques, accaparent aujourd’hui l’attention des Français et il nous reste à reprendre le chemin des « feuilles de route » que nous devons accompagner, sans que les moyens mis en œuvre en personnels et financement paraissent à la hauteur des enjeux actuels ; sans que non plus nous puissions reconnaître les propositions présentées comme objets de nos réflexions théoriques et techniques.
La situation des représentations de la profession en ses différentes institutions se complique encore de par les demandes qui leur sont adressées pour donner des avis, des cautions peut-être même, concernant nos pratiques en regard des problématiques sociétales actuelles.
La HAS se situe dans ce registre, qui nous sollicite sans, à ce jour, donner les compensations pour le travail, bien réel, effectué dans ce cadre.
De même, Les ARS organisent des réunions aux échelons qui correspondent à ses prérogatives, dans le but d’optimiser l’organisation des soins de la pathologie mentale, en attendant les propositions des praticiens ; sans avancer de nouveaux moyens. Il se trouve que nombre d’entre nous participent à ces réunions, qui se tiennent sur un temps habituellement dédié aux consultations, et ils ne considèrent pas toujours que leurs options aient été prises en compte.
En pratique, il résulte de cette situation un morcellement des actions entreprises, chacun cherchant à répondre de sa place au plus urgent, sans pouvoir se référer à une concertation pourtant utile à l’ensemble de nos revendications et propositions.
La pédopsychiatrie se présente comme l’exemple d’une difficile situation à résoudre : les postes de chefs de clinique nouvellement créés vont-ils être choisis compte tenu du manque de praticiens dans ce domaine ? Cette interrogation se renforce de par les postes restés vacants au concours du PACES. La désertification des pédopsychiatres en pratique de ville complexifie encore le manque de possibilité de soin.
Les mêmes remarques peuvent s’écrire en ce qui concerne la gérontopsychiatrie où les besoins vont s’accroître, et les pratiques particulières comme la pathologie des patients incarcérés, et l’inflation des pathologies professionnelles.
Pourtant, nous pouvons compter sur le dynamisme de notre pratique, mais aussi de notre créativité pour élaborer des réponses à ces périls, même si, parfois, vient à l’esprit le travail de Sisyphe. Une des conditions nécessaires à cette évolution repose sur la capacité à élaborer des réponses concertées, par-delà les nécessaires divergences de pratiques et de théorisations.

Claude GERNEZ

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Editorial juillet 2019

L’éditorial du nouveau site de la FFP est ouvert aux associations et aux syndicats adhérents.
J’ai demandé à l’Association Française Fédérative des Étudiants en Psychiatrie (AFFEP) d’inaugurer cette nouvelle ligne éditoriale. L’AFFEP représente la nouvelle génération de psychiatres sur laquelle nous comptons toutes et tous pour prendre avec dynamisme la relève.
Je remercie, Audrey Fontaine, présidente de l’AFFEP, régulièrement présente aux réunions de bureau de la FFP d’avoir répondu rapidement, ainsi que Robin Juan, coordonnateur syndical de l’AFFEP, à ma demande.

Editorial FFP by AFFEP

L’Association Française Fédérative des Étudiants en Psychiatrie (AFFEP) fait partie des associations scientifiques membres de la Fédération Française de Psychiatrie depuis plusieurs années.

Nos principales missions sont d’informer et de porter la voix des internes de psychiatrie dans les discussions sur la formation en psychiatrie, et plus largement sur l’évolution de notre système de santé globale et de santé mentale particulièrement.

Les champs de la santé mentale et de la psychiatrie en France et dans le monde bénéficient d’une attention croissante.
Par exemple, les discussions de l’Assemblée Mondiale de la Santé, organisme décideur de l’OMS, n’incluaient quasiment aucune mention à la santé mentale. En 2019, pas un point de l’agenda n’a pu être évoqué sans qu’un état membre mentionne l’importance de la santé mentale.

En France, la nomination récente du Pr Frank Bellivier en tant que délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie auprès de Mme la ministre de la Santé et des Solidarités témoigne également de l’intérêt des politiques et du public à notre discipline.
Cependant les discussions ne suffisent pas, les idées ne doivent pas rester déconnectées de la réalité du terrain.
Aussi, il est essentiel que l’ensemble des acteurs de la profession se mobilisent de manière coordonnée pour s’assurer que les évolutions à venir de notre système de santé mentale répondent aux besoins des patients et des professionnels, et garantissent des soins de qualité.

Les psychiatres en formation se doivent d’être présents et force de propositions. Et nous nous réjouissions de pouvoir collaborer avec d’autres acteurs de terrain au sein de la FFP.

L’AFFEP a également à cœur de défendre la formation des internes et de rester motrice dans le débat notamment via des enquêtes nationales organisées chaque année. En 2019, il nous paraissait capital de questionner les internes sur leur vision et interactions avec les industriels de la santé. La question de l’indépendance et des liens d’intérêts surgit régulièrement dans l’actualité. Cependant peu de donnée existe sur le sujet, hormis le classement des facultés du Formindep. Faire un état des lieux reste une première étape pour pouvoir ensuite porter des positions audacieuses sur le sujet. Les résultats seront communiqués en fin d’année.

Pour conclure, l’AFFEP reste mobilisée et ouverte au dialogue.

Audrey Fontaine, présidente AFFEP
Robin Jouan, coordinateur syndical AFFEP

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Editorial Juin 2019

De l’appropriation de la psychiatrie pour traiter la radicalisation

Ce titre rappellera celui d’un livre remarquable de Georges Lantéri-Laura sur « Lecture des perversions. Histoire de leur appropriation médicale » et de celui d’un ses articles sur « L’appropriation psychiatrique des comportements suicidaires ». Cette référence m’est agréable à double titre. D’abord du fait de la pertinence des analyses du Pr Georges Lantéri-Laura ; ensuite, car il me permet de me remémorer la riche année d’internat où j’ai pu profiter de son enseignement dans son service et ensuite de manière continue en lisant et relisant ses nombreuses brillantes contributions, d’un style élégant aussi bien sur le fond que sur la forme que l’on ne retrouve plus dans la littérature psychiatrique contemporaine, plutôt aseptisée.
Si ce titre s’inspire dans sa forme des travaux de Georges Lantéri-Laura, il s’en démarque en partie. Dans les cas de perversions sexuelles et de conduites suicidaires, il s’agissait de l’OPA « amicale » de la médecine sur des champs cliniques ; en ce qui concerne la radicalisation, et plus spécifiquement la radicalisation islamique, il s’agit d’une OPA hostile des pouvoirs publics sur la psychiatrie.
Que ce soit dans les déclarations des responsables politiques de l’exécutif, dans les plans de prévention de la radicalisation, dans les textes règlementaires publiés, comme le décret « Hopsyweb », les mesures en cours de préparation par les ministères de l’Intérieur ou de la Santé, ou les tentatives de recrutement des présidents des commissions médicales d’établissement comme agents de renseignements pour les préfectures, la psychiatrie se trouverait particulièrement concernée au moins par le « traitement » de la radicalisation, au pire comme étant considérée comme un vivier de personnes radicalisées et potentiellement terroristes.
La FFP dans un travail de recherche engagé et non terminé sur le sujet, mais publié en état sur notre site, montre son engagement intellectuel et solidaire d’une préoccupation collective sur un sujet difficile et interrogeant le « vivre ensemble ». Faire valoir une lecture psychologique de l’engagement radicalisé est un art délicat, car peu compréhensible pour les profanes. Différencier maladies mentales, vulnérabilités psychologiques et engagement radical dans des causes et savoir communiquer sur ces dimensions « techniques » où s’exprime la complexité du psychisme humain n’est pas aisé. Expliquer ensuite ce qui relève ou non d’un soin est encore plus difficile.
Outre le travail de recherche, la FFP s’est engagée aussi en soutenant par une intervention volontaire la contestation du décret Hopsyweb auprès du Conseil d’État par le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux, un des six syndicats membres de la FFP, refusant ainsi la stigmatisation des personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatrie pouvant apparaître comme ayant un lien possible avec la radicalisation religieuse, voire le terrorisme.
La FFP espère que les pouvoirs publics entendront que la complexité d’un tel sujet exige des regards et des lectures pluridisciplinaires et exclut toute proposition simpliste qui sera de toute façon vouée à l’échec.
Je ne peux résister au plaisir de finir cet éditorial comme je l’ai commencé en citant Georges Lantéri-Laura et en mettant entre parenthèses les mots relatifs à la radicalisation que l’on peut substituer à ceux sur le suicide, sans je l’espère dénaturer l’esprit de son écrit. Notons d’ailleurs que ses considérations sur le suicide restent à mon sens très actuelles tout en pouvant surprendre dans un contexte ou l’appropriation psychiatrique des comportements suicidaires est acquise au risque d’éluder les problématiques sociétales ou intimes des personnes mettant en jeu leur vie.
Aussi mutatis mutandis : « La psychiatrie garde sa valeur pour traiter des suicides (de la radicalisation) en rapport avec des maladies mentales, mais elle deviendrait idéologie dérisoire à prétendre y ramener tous les suicides (radicalisés). (…) C’est pourquoi à partir d’une connaissance critique des conditions de production de quelque chose comme une prévention du suicide (de la radicalisation), le recours systématique à la psychiatrie fait problème : réduire le suicide (la radicalisation) à la psychiatrie ne constitue pas un acte de connaissance, mais l’une des justifications théoriques de la couverture de ces responsabilités de l’institution ; imposer l’examen psychiatrique à tous les suicidants (radicalisés) risque de procéder d’un motif identique, et aussi de faire obstacle à une résolution hors de la psychiatrie de ce qui conduisait à la tentative de suicide (la radicalisation) – dernier aspect qui concerne davantage le sujet que l’institution ».

Dr Michel DAVID
Président de la FFP-CNPP

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Editorial 20 avril 2019

La Fédération Française de Psychiatrie souhaite que la nomination du Professeur Franck Bellivier en tant que délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie contribue aux actions de soutien et de développement de la psychiatrie que madame la ministre de la Santé et des Solidarités veut promouvoir.

La psychiatrie, dans toutes ses composantes, publique et privée, et dans tous ses champs d’activité – prévention, soins, recherche, etc. – connaît de grandes difficultés et des insuffisances tout en étant victime de son succès. En effet, les demandes de soins ne cessent d’augmenter induisant l’encombrement souvent dénoncé des consultations. Les moyens n’ont pas suivi pour y répondre décemment. Cette adresse importante faite à la psychiatrie est étonnante à plus d’un titre. Quel sens peut-on donner aux souffrances psychiques qui conduisent à s’orienter vers la psychiatrie, souvent en lien avec un contexte social tendu ? Doit-on aussi considérer que l’image de la psychiatrie et de la santé mentale commence à s’extraire des représentations sociales négatives et stigmatisantes habituelles ?

Et pourtant, ce ne sont pas les médias, voire certains responsables politiques, qui contribuent à véhiculer une image positive de la psychiatrie. Ce recours croissant fait à la psychiatrie indiquerait que la population pose un regard plus lucide sur les prestations de la psychiatrie que ne l’est celui des pouvoirs publics ou des médias.

Il s’agit d’un triomphe paradoxal de la psychiatrie. Alors qu’elles sont négligées, la psychiatrie et la santé mentale cherchent en permanence une adaptation à la demande. Mais les efforts d’organisation, plutôt d’incessantes réorganisations, d’innovation trouvent leurs limites, comme le montrent les différents mouvements sociaux qui agitent sévèrement le secteur psychiatrique.

La FFP pourra évoquer son inquiétude auprès du Délégué ministériel qu’elle remercie pour son invitation. Mais elle exprimera aussi sa confiance dans les capacités de la profession à contribuer à l’amélioration de la discipline, et de toutes celles qui y sont associées, en poursuivant les travaux déjà engagés par le Comité de pilotage de la psychiatrie sur qui le Délégué ministériel pourra s’appuyer pour en soutenir et en développer l’action.

Dr Michel DAVID

Président de la FFP-CNPP

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Editorial 5 janvier 2019

Ce début d’année 2019 est pour la FFP-CNPP l’entame d’une communication
adaptée à nos nouveaux modes de vie et de travail. Notre nouveau site
internet souhaite en être l’illustration.
Nous espérons qu’il répondra aux attentes de tous et sera le canal d’une
communication efficace et conviviale.

Dr Jean- Jacques Bonamour
Le Président
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