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Editoriaux2020-01-11T07:15:39+01:00

2019

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Editorial Janvier 2020

Dr Michel DAVID

Pédopsychiatre/psychiatre des Hôpitaux

Président de la FFP-CNPP

Que faire de 2020 ?

À moins de vivre reclus dans une laure, discrète par définition, laïque ou non, le tumulte du monde n’aura échappé à personne et notamment l’agitation qui secoue profondément notre pays. Et le trouble est d’autant plus grand qu’il concerne les formes a priori de notre sensibilité : l’espace et le temps.

L’espace ou nous nous mouvons, où nous exerçons notre droit constitutionnel de liberté d’aller et venir, si interpellé dans l’exercice des soins sans consentement en psychiatrie, a été, quand il semble se restreindre, une des sources du mouvement des gilets jaunes avec les taxes sur le pétrole, rendant plus couteux des déplacements indispensables. Il a été restreint aussi quand la réforme du statut de la SNCF a conduit aux grèves dans les transports ferroviaires en 2018, puis fin 2019. Il est aussi conseillé de restreindre notre périmètre de déplacement en renonçant aux voyages aériens. Toutefois, le parcours de cet espace à défaut d’être limité doit se faire plus lentement ; par exemple, pour un voyage transatlantique, préférer le voilier à l’avion.

Et voilà le temps interpellé tout en étant lié à l’espace. Il est vrai que les formes a priori de la sensibilité kantienne deviennent inséparables avec le concept de l’espace-temps des théories de la relativité, restreinte d’abord puis générale. L’autre trouble dû au temps est évidemment celui de la question de la retraite qui interpelle directement notre existence, son déroulement de la naissance à la mort, avec parfois un espoir d’immortalité. Ainsi de se voir appliquer une clause du grand-père, soit la faculté de bénéficier d’un « présent passé ». Il est dommage que personne n’ait demandé une clause de l’arrière-petit-fils qui consisterait pour les futures lointaines générations de pouvoir encore bénéficier de la clause du grand-père, repoussant aux calendes grecques des mesures obscures tout en se perdant dans les cycles de la vie et conjurant nos existentielles angoisses de mort.

Ces cycles de la vie interrogent avec acuité le monde la psychiatrie qui connait de multiples crises et tout particulièrement la pédopsychiatrie, ou psychiatrie infanto-juvénile ou encore psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, mais aussi du bébé. L’unité de l’Homme telle que la posait une des énigmes de la Sphinx à Œdipe (la créature qui marche sur quatre pieds le matin, sur deux le midi et sur trois au coucher du soleil) s’estompe. La psychiatrie est une discipline, au même titre que la médecine et la chirurgie, et non une spécialité. Toutefois, comme la médecine et la chirurgie, elle se décline en des spécificités d’exercice qui sont autant de spécialisations et demandant en partie une technicité propre, tout en partageant des principes généraux avec l’ensemble de la discipline. La pédopsychiatrie souffre de conflits complexes, est soumise à des réglementations internationales, au manque de moyens financiers, voire à l’impéritie politique. Ne se sentant pas soutenue, elle hésite à s’autonomiser de la psychiatrie dite des adultes. Nous savons tous pourtant que la division dessert plus qu’elle ne sert. 

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Aussi 2020 sera une année où nous devons travailler au renforcement de notre discipline, trop souvent dénigrée, sans que l’on en soit trop étonné. La psychiatrie n’est pas spontanément « sexy ». La maladie mentale fait peur et les représentations sociales à son sujet ne sont guère positives, et tout particulièrement telles qu’elles sont transmises par les médias et différentes autorités politiques ou de contrôle. Ce « psychiatrie bashing » est en contradiction avec une autre réalité, beaucoup plus positive, mais nécessairement discrète, et qui lui est paradoxalement et en partie injustement reprochée. En effet, la psychiatrie est plutôt plébiscitée par les usagers comme le montre l’augmentation des files actives des soins ambulatoires qui représentent près de 80 % des soins de la psychiatrie, sans que la psychiatrie ait attendu les injonctions politiques à prendre le plus rapidement possible ce fameux virage ambulatoire. Conséquence : pas de limitation de vitesse pour le prendre, mais parfois des embouteillages quand trop de monde sur la route. Et encore faudrait-il quantifier ces embouteillages. Il est souvent reproché à la psychiatrie des délais excessifs pour obtenir une consultation, et pourtant ils sont bien souvent, et notamment en ruralité, beaucoup plus courts que ceux obtenus auprès des médecins généralistes (et encore faut-il qu’ils acceptent de voir de nouveaux patients, étant eux aussi débordés) ou pire auprès des autres spécialistes somaticiens. Il faut espérer que la mission IGAS actuellement en cours sur les CMP pourra préciser ces données, bien que les résultats des missions IGAS se fassent parfois bien attendre comme ceux sur les unités d’hospitalisation spécialement aménagées pour les personnes détenues (UHSA), pourtant connues des ministères de la Santé et de la Justice depuis novembre 2018, mais non rendus publiques. 

En 2020 de nombreux travaux attendent la psychiatrie. Quelle sera l’impulsion donnée par le délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie ? Quelle sera la nouvelle dynamique de la saison 2 du Comité de pilotage de la psychiatrie ? Qu’attendre des travaux sur le financement et les autorisations d’activité dont les conclusions et surtout les applications ou non-applications pourront avoir une influence considérable sur l’avenir de la psychiatrie, pour les usagers comme pour les professionnels. D’autant plus que des réformes des financements peuvent avoir des conséquences considérables comme celle de la TAA en 2009 à l’occasion de la redoutable loi HPST qui a totalement déstructuré les hôpitaux et notamment la place des médecins en aliénant leur indépendance, devenant liée dans l’exercice de responsabilité des services au bon vouloir des directeurs d’hôpitaux. Et la psychiatrie, qui ne s’est pas éloignée de la médecine contrairement à ce qui est parfois avancé (alors que l’on peut se poser la question si ce n’est pas plutôt la médecine qui n’aurait pas tendance à s’écarter de la psychiatrie), partage la crise des urgences et du système hospitalier en général. Comment ne pas s’émouvoir de l’intérim qui risque de ne plus être un dernier recours ? Contrairement à l’isolement et la contention qui le sont, les directions des hôpitaux sont obligées d’y recourir de plus en plus souvent. De nombreux psychiatres sont tentés de quitter l’hôpital pour une pratique libérale, amplifiant le phénomène de pénurie psychiatrique hospitalière, notamment dans les zones rurales. Ne faudrait-il pas une recommandation HAS sur l’intérim médical pour « normer » ce dernier recours ?… Il serait plaisant de voir les pouvoirs publics soumis aux contraintes qu’ils s’imposent aux professionnels de santé en déniant sans vergogne leur détresse.

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En 2020, la FFP doit réformer ses statuts pour deux raisons.

 La première est consécutive au décret du 9 janvier 2019 (https://www.legifrance.gouv.fr/eli/decret/2019/1/9/SSAH1808219D/jo/texte) qui a créé les Conseils nationaux professionnels des professions de santé. La FFP qui assurait cette fonction (FFP-CNPP) s’en trouve dégagée directement, laissant au CNPP la lourde tâche de gérer la redoutable question de l’usine à gaz que représente le développement professionnel continu (DPC) et d’avoir la main sur d’autres points listés dans le décret cité, mais la FFP reste néanmoins concernée par ces différents sujets puisqu’elle est une composante du CNPP.

La deuxième est de donner, pour les raisons exposées plus haut, plus de place lisible à la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent.

Cette réforme de statuts est l’occasion de poursuivre la dynamique fédérale au service de la psychiatrie et de la santé mentale en bénéficiant de la richesse de ses 35 associations scientifiques et de ses 6 syndicats. L’éditorial mensuel confié depuis 2019 à tour de rôle aux membres de la FFP, et que vous pouvez retrouver sur notre site (https://fedepsychiatrie.fr/editoriaux/) contribue à cette dynamique, ainsi qu’en leur permettant de rendre lisibles leurs actions.

En 2020, la FFP va poursuivre ses travaux engagés et notamment la réponse aux nombreuses sollicitations de la HAS, la participation aux groupes de travail du ministère de la santé, sa réflexion sur la radicalisation, le travail collaboratif du comité permanent autisme et troubles du neurodéveloppement, l’organisation des 18e Journées de pédopsychiatrie du 16 au 18 mars 2020 sur le thème de la « Pédopsychiatrie intégrative » et des 3e Journées de psychiatrie adulte du 13 au 14 octobre consacrées au « Consentement » (https://fedepsychiatrie.fr/manifestation/18emes-journees-de-pedopsychiatrie-de-la-ffp/), la réponse aux demandes d’auditions des autorités de contrôle ou des parlementaires, le soutien des partenaires de la FFP et leurs manifestations (https://fedepsychiatrie.fr/manifestations/categorie/manifestations-des-partenaires/), la représentation de la psychiatrie française dans les instances européenne (EPA) ou mondiale (WPA), etc. Comme vous pouvez le constater, de nombreux renseignements se trouvent sur notre site rénové en 2019 et dont, il faut le reconnaître, nous sommes assez fiers !

Le travail qui nous attend pour 2020 est considérable. Je ne peux que nous souhaiter de fructueuses réalisations collectives pour nous puissions être satisfaits de ce que nous aurons fait de l’année 2020.

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Editorial Décembre 2019

Robert M. PALEM, président de l’Association pour la Fondation Henri EY (APFHEY) est le rédacteur du dernier éditorial 2019. L’ensemble des éditoriaux forme un récit cohérent. On y voit poindre l’inquiétude d’un éclatement, voire d’une disparition de la psychiatrie, mais plus des organisations que du métier, car comme le dit l’éditorialiste de cette fin d’année, être psychiatre, c’est rechercher l’unité.

Les chantiers sont nombreux devant nous. Et surtout pour défendre la mission thérapeutique de la psychiatrie, souvent mise à mal par les dérives sécuritaires qui pointent ici ou là dans une société pusillanime, comme l’illustre l’opposition de la profession au fichier Hospyweb. Qu’en aurait dit Henri EY, lui qui au congrès mondial de psychiatrie à Mexico en 1971 avait fait adopter la célèbre motion suivante toujours autant actuelle :

“L’Association mondiale de psychiatrie dénonce la malfaisance des campagnes de contestations antipsychiatriques d’inspiration politico-idéologique qui font jouer à la psychiatrie un rôle qui n’est pas le sien, celui d’être un instrument de la répression sociale. 

L’Association mondiale de psychiatrie, en affirmant que la psychiatrie est et ne peut être qu’une des principales branches de la médecine appliquée à la prophylaxie et au traitement des “maladies” mentales, recommande expressément à toutes les Sociétés qui la composent d’attirer l’attention de chacun de ses membres, celle de l’opinion publique et celle du Gouvernement de leur pays, sur le caractère essentiellement médical et l’usage exclusivement thérapeutique de l’action et des institutions psychiatriques. 

L’Association mondiale de psychiatrie condamne toute exploitation politique qui aurait été ou pourrait être faite des concepts, méthodes et institutions propres à l’exercice de la psychiatrie au service des seuls malades mentaux”.

Décembre étant propice aux cadeaux, je vous propose une idée pour vos proches : le livre récent de Robert M. PALEM : “Henri Ey. Médecin psychiatre et philosophe” aux Éditions Trabucaire, www.trabucaire.com. Les sous-titres des chapitres condensent tout ce que les psychiatres devraient être : Ey, le mobilisateur, l’iconoclaste, l’architecte, le médecin, le fédérateur, l’unificateur, le civilisateur, le libérateur, le philosophe, l’historien et donc le psychiatre du XXIe siècle…. Effectivement plein de chantiers et un cap : la recherche de l’unité à laquelle la FFP contribue activement.

Dr Michel DAVID

Pédopsychiatre/psychiatre

Président de la FFP

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“Psychiatres de toujours” ?

Dr Robert M. PALEM, Président de l’APFHEY

Qu’en est-il, dans ce monde chaotique, du “devenir humain” (pour parler comme G. Agamben) du psychiatre et de son patient ?

Un métier protéiforme, comme il l’a toujours été, dans ses apparences (profession, phénoménologie), toujours tenté ou poussé à reproduire les vieux clivages mortifères (Public/Privé, CHU/Secteur, Clinique/Neurosciences…) mais fidèle à un fonds commun, revendiqué à défaut d’être inébranlable : l’Éthique. Soit le ferment du vivre ensemble et de la vocation psychiatrique : comprendre la souffrance mentale, l’angoisse, la psychose pour soulager ou guérir ceux qui les portent ou en sont frappés. “Nous sommes faits pour connaître, reconnaître et guérir les psychoses” tonnait Henri Ey en 1972.

Et Ey encore : Être psychiatre, c’est rechercher l’unité sous la diversité des phénomènes de la pathologie mentale. “Faire de la psychiatrie, c’est se placer à ce point de vue”. 

Le regard porté sur le patient par les soignants a évolué lentement pour passer de l’objet de soins au sujet de droit, nous dit la HAS. Plus facile à dire qu’à faire ! Mais on n’est pas pour autant en droit de désespérer des progrès de la Médecine et du Droit. 

Sujet de droit, le psychotique l’est depuis le début (il l’a toujours été) nous disait J. CHAZAUD en 1997, critiquant le “Sujet de la folie” de G. Swain (1977). “À l’intérieur de la perte du sens, mais en considération pour ainsi dire de sa personnalité morale, Pinel a fait du malade mental non pas le sujet de sa folie, mais en même temps qu’un sujet d’observation, un sujet de droit”. 

Henri Ey n’est plus, mais il y a toujours des psychotiques (ils seraient même plus nombreux dans les rues, sous les ponts et dans les prisons que dans les Hôpitaux Psychiatriques), mais aussi, et aux mêmes endroits : des exilés, des migrants et des apatrides, des SDF (les “Exclus de J. MAISONDIEU), des mutilés psychiques et des nouveaux venus bien étranges et difficiles à classer : les “fous de Dieu”. Injure aux malades mentaux comme aux “croyants”, proteste notre collègue Claire Jacquelin. 

Mais qui peut donc croire encore à la “fin de l’histoire”, ni même à celle de la psychiatrie, avec tous ces chantiers ouverts devant nous ? 

Et Henri Ey, après le purgatoire habituel, quittant le statut de psychiatre d’hier pour celui de “psychiatre de toujours” comme l’avait bien pressenti et qualifié A. Tatossian en 1990, ne disait-il pas (en 1972) que “L’art du médecin se confond avec son éthique”. Encore faut-il en avoir une. 

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Editorial Novembre 2019

Pascal Boissel, président de l’Union Syndicale de la psychiatrie (https://www.uspsy.fr/), signe l’éditorial de novembre. Il réagit au rapport Wonner et exprime une profonde inquiétude sur l’avenir de la psychiatrie. Son message fait écho à celui de Daniel Marcelli pour la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent du mois dernier.

Dans ces temps complexes et incertains où le doute instille tensions et malaises dans bien des domaines de notre société, où la psychiatrie peut être vilipendée tout en sachant la trouver « en dernier recours » et davantage pour des actions sécuritaires plus que thérapeutiques, tout en la sollicitant abondamment pour donner des avis comme le fait la Haute Autorité de santé, il est important de ne pas nous disperser et de faire entendre sa présence auprès des 2.2 millions de personnes qui s’adressent à elle.

Dr Michel DAVID

Psychiatre-pédopsychiatre
Président de la FFP

Martine Wonner, rapporteure LREM de la Mission parlementaire sur la psychiatrie a rendu sa copie le 18 septembre. Si elle a convoqué Lucien Bonnafé et le mouvement du « Printemps de la psychiatrie », elle a placé en même temps dans son discours le service public de santé sur le même plan que l’hospitalisation privée, en une concurrence malsaine et faussée. Le « grand virage » de l’ambulatoire qu’elle annonça ne saurait se faire selon elle qu’à effectifs constants ; soit une austérité de fer maintenue. Et rien ne fut dit sur ces alternatives à l’hospitalisation qui ont existé puis ont dépéri faute de personnels. Dans son discours, la discipline psychiatrique se ventile en une myriade d’« expertises » forcément spécialisées au détriment de toute conception globale et sociale du soin psychiatrique. Bref, au-delà d’une communication subtile, elle nous a semblé finalement dans la ligne de cette secrétaire d’État au handicap qui osa affirmer cette année sa volonté « de ne plus placer les enfants autistes devant un psychiatre ».

Selon nous, c’est une disparition possible de notre discipline qui se profile.

Or, ces derniers mois, face à la maltraitance institutionnelle et au management destructeur, des mouvements dans les services psychiatriques se sont succédé. Les soignants en lutte de l’hôpital du Rouvray firent même une grève de la faim en juin 2018 ; ce qu’ils ont obtenu alors de leur direction et de l’ARS fut renié par ces tutelles ; un an plus tard, la grève a repris. Osons dire en commentaire que pouvoir avoir confiance en la parole de son interlocuteur nous paraît une nécessité, surtout dans notre champ… C’est en lien avec ces équipes en lutte que l’USP a participé à l’appel « Printemps de la psychiatrie » qui a été lancé il y a quelques mois pour associer soignants, patients et familles, et les populations à l’élaboration commune d’un renouveau des soins psychiques, lequel est vraiment urgent.

Pascal Boissel, président de l’USP

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Editorial octobre 2019

Dr Michel DAVID

Pédopsychiatre/psychiatre des Hôpitaux

Président de la FFP-CNPP

L’éditorial de ce mois écrit par le Professeur Daniel Marcelli, Président de la Société Française de l’Enfant, de l’Adolescent et des Disciplines Associées (SFPEADA), survient dans un temps où la psychiatrie est certes dans une situation critique, mais aussi présentée à charge comme en perdition comme l’a exposé le rapport Fiat, Hammouche, Wonner. Pourtant en lisant attentivement ce dernier, il ne peut manquer d’apparaître au lecteur averti que les difficultés de la psychiatrie sont avant tout à attribuer à un manque de pilotage politico-administratif depuis des décennies.

Si toute la psychiatrie est en difficulté, la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent l’est encore plus. L’insuffisance numérique des universitaires pédopsychiatres et sa conséquence conduisent les internes à ne pas s’orienter vers la pédopsychiatrie par manque d’encadrement. Pour optimiser la formation des futurs pédopsychiatres, des mécanismes de répartition et de modulation du nombre d’internes entre les régions en fonction des demandes sont à trouver ainsi que l’instauration de règles d’alternance entre psychiatrie générale et psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent, pour les commissions de coordinations locales et régionales des internes. 

Enfin, au sein du Comité de pilotage de la psychiatrie, relancé début septembre, il est nécessaire que la représentativité de la psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent soit assurée à partir des organisations professionnelles et savantes reconnues.

Avant de se lancer dans de grands projets d’amélioration de la psychiatrie, il conviendrait de s’atteler déjà à ces indispensables mesures pratiques et urgentes pour rassurer la profession et préparer un meilleur service rendu à la population.

Éditorial pour la FFP

Le nouveau président de la FFP demande au président de la SFPEADA de rédiger un éditorial destiné à son site internet afin que soit défendue, soutenue et encouragée la psychiatrie du bébé, de l’enfant et de l’adolescent dans un temps difficile où ne cessent de croitre les sollicitations les plus diverses en même temps que se poursuivent les mouvements de disqualifications les plus outranciers dont le dernier en date concerne les propos tenus par un représentant de l’actuel gouvernement (Mme S. Cluzel, secrétaire d’État aux personnes handicapées : on trouvera une réponse à ces propos sur le site de la SFPEADA) ! Président de cette société savante, je suis tenu à ce titre à une réserve certaine, mais j’avoue une lassitude : celle de devoir inlassablement répéter les mêmes propos ! Le lecteur désireux d’approfondir sa réflexion pourra utilement se rendre sur notre site et consulter les diverses rubriques qui lui donneront un aperçu assez significatif des problèmes et des enjeux actuels. J’irai à l’essentiel :

  • – Une démographie en grand danger avec une diminution gravissime du nombre de pédopsychiatres ayant accompli le cursus de formation (donc un nombre de plus en plus grand de postes vacants ou de professionnels exerçant cette discipline SANS le diplôme adéquat).
  • – Une formation des internes qui a encore été restreinte et un nombre de postes ciblés pédopsychiatrie en diminution (en contradiction absolue avec les propos de la ministre de la Santé).
  • – Dans les équipes de soin des moyens humains de plus en plus parcimonieux avec la quasi-disparition de certaines professions pourtant indispensables à une bonne prise en charge (les orthophonistes travaillant en public ou en associatif par exemple).
  • – Des restructurations permanentes et une charge administrative kafkaïenne (rien d’original à la pédopsychiatrie, mais fardeau supplémentaire).
  • – En exercice privé une absence de reconnaissance des particularités de notre discipline et de la longueur des consultations (absence de CS pédopsychiatrique) si bien que cet exercice privé est des plus aléatoires relevant de l’abnégation… 

Sur ce fond organisationnel déliquescent, notre discipline est prise en cisaille entre d’un côté des modèles théoriques se tournant vers une rhétorique neuro-développementale (c’est l’expression à la mode) où le cérébral prend allègrement le pas sur le développemental (l’essence de notre discipline) et de l’autre des demandes de plus en plus nombreuses et insistantes de familles où la qualité de l’écoute est une valeur non négociable. 

Aujourd’hui, malgré le soutien irremplaçable des familles de patients, le sentiment partagé par l’ensemble des professionnels travaillant dans le champ de la pédopsychiatrie est de souffrir d’un manque profond si ce n’est total de reconnaissance de notre travail et de notre discipline, y compris par la « psychiatrie générale » (non pas par nos collègues qui, individuellement, sont souvent compréhensifs — quoique parfois un peu condescendants — mais au plan institutionnel). Certainement avons-nous une part de responsabilité dans cette méconnaissance, mais aujourd’hui court dans nos discussions et dans nos cœurs un désir de plus en plus térébrant, celui de se séparer nettement de la psychiatrie dite adulte… En tant que président de la SFPEADA je me dois de faire l’écho de ce mouvement que je sens monter inéluctablement… 

Daniel Marcelli

Président de la SFPEADA

Juillet 2019

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Editorial septembre 2019

Après l’éditorial de l’AFFEP cet été, celui de la rentrée est confié à Claude GERNEZ, président élu de la FFP pour la période 2021-2023.
Je profite de l’occasion pour remercier les auteurs des éditoriaux qui m’ont été envoyés et qui seront placés mensuellement sur le site en fonction de leur ordre d’arrivée.
Bonne rentrée à tous en espérant que quelques sourires pourront chasser les nombreux soupirs d’automne.
Dr. Michel David, Président de la FFP-CNPP

Soupirs d’Automne

Les mouvements de revendications des professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale semblaient un peu écoutés ce printemps, bien relayés par les différents médias, et étayés par les associations de patients. Ces campagnes d’informations montraient l’urgence d’une situation reconnue par tous comme insupportable. La désignation du délégué ministériel allait aussi dans le sens d’un mouvement en faveur d’une reconnaissance d’un état de fait déplorable et portait l’idée d’une évolution positive de nos conditions de pratique, enfin !
Les difficultés des urgences hospitalières, bien aussi dramatiques, accaparent aujourd’hui l’attention des Français et il nous reste à reprendre le chemin des « feuilles de route » que nous devons accompagner, sans que les moyens mis en œuvre en personnels et financement paraissent à la hauteur des enjeux actuels ; sans que non plus nous puissions reconnaître les propositions présentées comme objets de nos réflexions théoriques et techniques.
La situation des représentations de la profession en ses différentes institutions se complique encore de par les demandes qui leur sont adressées pour donner des avis, des cautions peut-être même, concernant nos pratiques en regard des problématiques sociétales actuelles.
La HAS se situe dans ce registre, qui nous sollicite sans, à ce jour, donner les compensations pour le travail, bien réel, effectué dans ce cadre.
De même, Les ARS organisent des réunions aux échelons qui correspondent à ses prérogatives, dans le but d’optimiser l’organisation des soins de la pathologie mentale, en attendant les propositions des praticiens ; sans avancer de nouveaux moyens. Il se trouve que nombre d’entre nous participent à ces réunions, qui se tiennent sur un temps habituellement dédié aux consultations, et ils ne considèrent pas toujours que leurs options aient été prises en compte.
En pratique, il résulte de cette situation un morcellement des actions entreprises, chacun cherchant à répondre de sa place au plus urgent, sans pouvoir se référer à une concertation pourtant utile à l’ensemble de nos revendications et propositions.
La pédopsychiatrie se présente comme l’exemple d’une difficile situation à résoudre : les postes de chefs de clinique nouvellement créés vont-ils être choisis compte tenu du manque de praticiens dans ce domaine ? Cette interrogation se renforce de par les postes restés vacants au concours du PACES. La désertification des pédopsychiatres en pratique de ville complexifie encore le manque de possibilité de soin.
Les mêmes remarques peuvent s’écrire en ce qui concerne la gérontopsychiatrie où les besoins vont s’accroître, et les pratiques particulières comme la pathologie des patients incarcérés, et l’inflation des pathologies professionnelles.
Pourtant, nous pouvons compter sur le dynamisme de notre pratique, mais aussi de notre créativité pour élaborer des réponses à ces périls, même si, parfois, vient à l’esprit le travail de Sisyphe. Une des conditions nécessaires à cette évolution repose sur la capacité à élaborer des réponses concertées, par-delà les nécessaires divergences de pratiques et de théorisations.

Claude GERNEZ

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Editorial juillet 2019

L’éditorial du nouveau site de la FFP est ouvert aux associations et aux syndicats adhérents.
J’ai demandé à l’Association Française Fédérative des Étudiants en Psychiatrie (AFFEP) d’inaugurer cette nouvelle ligne éditoriale. L’AFFEP représente la nouvelle génération de psychiatres sur laquelle nous comptons toutes et tous pour prendre avec dynamisme la relève.
Je remercie, Audrey Fontaine, présidente de l’AFFEP, régulièrement présente aux réunions de bureau de la FFP d’avoir répondu rapidement, ainsi que Robin Juan, coordonnateur syndical de l’AFFEP, à ma demande.

Editorial FFP by AFFEP

L’Association Française Fédérative des Étudiants en Psychiatrie (AFFEP) fait partie des associations scientifiques membres de la Fédération Française de Psychiatrie depuis plusieurs années.

Nos principales missions sont d’informer et de porter la voix des internes de psychiatrie dans les discussions sur la formation en psychiatrie, et plus largement sur l’évolution de notre système de santé globale et de santé mentale particulièrement.

Les champs de la santé mentale et de la psychiatrie en France et dans le monde bénéficient d’une attention croissante.
Par exemple, les discussions de l’Assemblée Mondiale de la Santé, organisme décideur de l’OMS, n’incluaient quasiment aucune mention à la santé mentale. En 2019, pas un point de l’agenda n’a pu être évoqué sans qu’un état membre mentionne l’importance de la santé mentale.

En France, la nomination récente du Pr Frank Bellivier en tant que délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie auprès de Mme la ministre de la Santé et des Solidarités témoigne également de l’intérêt des politiques et du public à notre discipline.
Cependant les discussions ne suffisent pas, les idées ne doivent pas rester déconnectées de la réalité du terrain.
Aussi, il est essentiel que l’ensemble des acteurs de la profession se mobilisent de manière coordonnée pour s’assurer que les évolutions à venir de notre système de santé mentale répondent aux besoins des patients et des professionnels, et garantissent des soins de qualité.

Les psychiatres en formation se doivent d’être présents et force de propositions. Et nous nous réjouissions de pouvoir collaborer avec d’autres acteurs de terrain au sein de la FFP.

L’AFFEP a également à cœur de défendre la formation des internes et de rester motrice dans le débat notamment via des enquêtes nationales organisées chaque année. En 2019, il nous paraissait capital de questionner les internes sur leur vision et interactions avec les industriels de la santé. La question de l’indépendance et des liens d’intérêts surgit régulièrement dans l’actualité. Cependant peu de donnée existe sur le sujet, hormis le classement des facultés du Formindep. Faire un état des lieux reste une première étape pour pouvoir ensuite porter des positions audacieuses sur le sujet. Les résultats seront communiqués en fin d’année.

Pour conclure, l’AFFEP reste mobilisée et ouverte au dialogue.

Audrey Fontaine, présidente AFFEP
Robin Jouan, coordinateur syndical AFFEP

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Editorial Juin 2019

De l’appropriation de la psychiatrie pour traiter la radicalisation

Ce titre rappellera celui d’un livre remarquable de Georges Lantéri-Laura sur « Lecture des perversions. Histoire de leur appropriation médicale » et de celui d’un ses articles sur « L’appropriation psychiatrique des comportements suicidaires ». Cette référence m’est agréable à double titre. D’abord du fait de la pertinence des analyses du Pr Georges Lantéri-Laura ; ensuite, car il me permet de me remémorer la riche année d’internat où j’ai pu profiter de son enseignement dans son service et ensuite de manière continue en lisant et relisant ses nombreuses brillantes contributions, d’un style élégant aussi bien sur le fond que sur la forme que l’on ne retrouve plus dans la littérature psychiatrique contemporaine, plutôt aseptisée.
Si ce titre s’inspire dans sa forme des travaux de Georges Lantéri-Laura, il s’en démarque en partie. Dans les cas de perversions sexuelles et de conduites suicidaires, il s’agissait de l’OPA « amicale » de la médecine sur des champs cliniques ; en ce qui concerne la radicalisation, et plus spécifiquement la radicalisation islamique, il s’agit d’une OPA hostile des pouvoirs publics sur la psychiatrie.
Que ce soit dans les déclarations des responsables politiques de l’exécutif, dans les plans de prévention de la radicalisation, dans les textes règlementaires publiés, comme le décret « Hopsyweb », les mesures en cours de préparation par les ministères de l’Intérieur ou de la Santé, ou les tentatives de recrutement des présidents des commissions médicales d’établissement comme agents de renseignements pour les préfectures, la psychiatrie se trouverait particulièrement concernée au moins par le « traitement » de la radicalisation, au pire comme étant considérée comme un vivier de personnes radicalisées et potentiellement terroristes.
La FFP dans un travail de recherche engagé et non terminé sur le sujet, mais publié en état sur notre site, montre son engagement intellectuel et solidaire d’une préoccupation collective sur un sujet difficile et interrogeant le « vivre ensemble ». Faire valoir une lecture psychologique de l’engagement radicalisé est un art délicat, car peu compréhensible pour les profanes. Différencier maladies mentales, vulnérabilités psychologiques et engagement radical dans des causes et savoir communiquer sur ces dimensions « techniques » où s’exprime la complexité du psychisme humain n’est pas aisé. Expliquer ensuite ce qui relève ou non d’un soin est encore plus difficile.
Outre le travail de recherche, la FFP s’est engagée aussi en soutenant par une intervention volontaire la contestation du décret Hopsyweb auprès du Conseil d’État par le Syndicat des Psychiatres des Hôpitaux, un des six syndicats membres de la FFP, refusant ainsi la stigmatisation des personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatrie pouvant apparaître comme ayant un lien possible avec la radicalisation religieuse, voire le terrorisme.
La FFP espère que les pouvoirs publics entendront que la complexité d’un tel sujet exige des regards et des lectures pluridisciplinaires et exclut toute proposition simpliste qui sera de toute façon vouée à l’échec.
Je ne peux résister au plaisir de finir cet éditorial comme je l’ai commencé en citant Georges Lantéri-Laura et en mettant entre parenthèses les mots relatifs à la radicalisation que l’on peut substituer à ceux sur le suicide, sans je l’espère dénaturer l’esprit de son écrit. Notons d’ailleurs que ses considérations sur le suicide restent à mon sens très actuelles tout en pouvant surprendre dans un contexte ou l’appropriation psychiatrique des comportements suicidaires est acquise au risque d’éluder les problématiques sociétales ou intimes des personnes mettant en jeu leur vie.
Aussi mutatis mutandis : « La psychiatrie garde sa valeur pour traiter des suicides (de la radicalisation) en rapport avec des maladies mentales, mais elle deviendrait idéologie dérisoire à prétendre y ramener tous les suicides (radicalisés). (…) C’est pourquoi à partir d’une connaissance critique des conditions de production de quelque chose comme une prévention du suicide (de la radicalisation), le recours systématique à la psychiatrie fait problème : réduire le suicide (la radicalisation) à la psychiatrie ne constitue pas un acte de connaissance, mais l’une des justifications théoriques de la couverture de ces responsabilités de l’institution ; imposer l’examen psychiatrique à tous les suicidants (radicalisés) risque de procéder d’un motif identique, et aussi de faire obstacle à une résolution hors de la psychiatrie de ce qui conduisait à la tentative de suicide (la radicalisation) – dernier aspect qui concerne davantage le sujet que l’institution ».

Dr Michel DAVID
Président de la FFP-CNPP

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Editorial 20 avril 2019

La Fédération Française de Psychiatrie souhaite que la nomination du Professeur Franck Bellivier en tant que délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie contribue aux actions de soutien et de développement de la psychiatrie que madame la ministre de la Santé et des Solidarités veut promouvoir.

La psychiatrie, dans toutes ses composantes, publique et privée, et dans tous ses champs d’activité – prévention, soins, recherche, etc. – connaît de grandes difficultés et des insuffisances tout en étant victime de son succès. En effet, les demandes de soins ne cessent d’augmenter induisant l’encombrement souvent dénoncé des consultations. Les moyens n’ont pas suivi pour y répondre décemment. Cette adresse importante faite à la psychiatrie est étonnante à plus d’un titre. Quel sens peut-on donner aux souffrances psychiques qui conduisent à s’orienter vers la psychiatrie, souvent en lien avec un contexte social tendu ? Doit-on aussi considérer que l’image de la psychiatrie et de la santé mentale commence à s’extraire des représentations sociales négatives et stigmatisantes habituelles ?

Et pourtant, ce ne sont pas les médias, voire certains responsables politiques, qui contribuent à véhiculer une image positive de la psychiatrie. Ce recours croissant fait à la psychiatrie indiquerait que la population pose un regard plus lucide sur les prestations de la psychiatrie que ne l’est celui des pouvoirs publics ou des médias.

Il s’agit d’un triomphe paradoxal de la psychiatrie. Alors qu’elles sont négligées, la psychiatrie et la santé mentale cherchent en permanence une adaptation à la demande. Mais les efforts d’organisation, plutôt d’incessantes réorganisations, d’innovation trouvent leurs limites, comme le montrent les différents mouvements sociaux qui agitent sévèrement le secteur psychiatrique.

La FFP pourra évoquer son inquiétude auprès du Délégué ministériel qu’elle remercie pour son invitation. Mais elle exprimera aussi sa confiance dans les capacités de la profession à contribuer à l’amélioration de la discipline, et de toutes celles qui y sont associées, en poursuivant les travaux déjà engagés par le Comité de pilotage de la psychiatrie sur qui le Délégué ministériel pourra s’appuyer pour en soutenir et en développer l’action.

Dr Michel DAVID

Président de la FFP-CNPP

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Editorial 5 janvier 2019

Ce début d’année 2019 est pour la FFP-CNPP l’entame d’une communication
adaptée à nos nouveaux modes de vie et de travail. Notre nouveau site
internet souhaite en être l’illustration.
Nous espérons qu’il répondra aux attentes de tous et sera le canal d’une
communication efficace et conviviale.

Dr Jean- Jacques Bonamour
Le Président
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